À l'heure où les émissions de rénovation ont droit à leur propre chaîne de télévision, les histoires de propriétés mal entretenues ressemblent à des romans d’épouvante.

Malgré les menaces de déflation et de bulle immobilière, 65 % des propriétaires québécois ont l'intention d'apporter des améliorations à leur demeure cette année. Dans ce contexte, il est intéressant de voir comment certains auteurs revisitent le thème de la maison en ruine, dont Edgar Poe avait jeté les fondations, en 1839, dans La chute de la maison Usher.
L'imposteur,
de Damon Galgut (en lire un extrait >>), est une réflexion cinglante sur ceux qui
résistent encore à la « grande mutation » de l'Afrique du Sud. Adam,
le personnage principal, a
dû céder son emploi à un jeune Noir avantagé par les nouveaux
quotas raciaux. L'enclave de Johannesburg où il vivait s'est tellement dégradée que maintenant « des Blancs dans des vêtements usés mendiaient aux feux rouges, l'air
désespéré ». Sans ressources mais plein d'amertume, Adam se réfugie à la campagne, là où la ségrégation
perdure. Son voisin est un ancien tortionnaire de l'armée, et une de ses connaissances s'apprête à transformer en terrain de golf un parc animalier où la population locale, confinée à un township insalubre, espérait s'installer.
Bien qu'il fasse profession du contraire, Adam est nostalgique du vieux songe colonial. La maison où il vit symbolise parfaitement son hypocrisie devant les efforts pour redresser les injustices de l'apartheid. Pleine de « présences du passé », elle est dans un état de décrépitude avancée et étouffée par des mauvaises herbes, qu'il est trop lâche pour arracher. Quand il s'y résout enfin, celles-ci repoussent aussi vite, laissant Adam « pris au piège et incapable de rejoindre le courant à l'extérieur », envahi lui aussi par une corruption grimpante et irréversible.
Le problème avec les grands domaines, c'est
qu'ils coûtent une fortune à entretenir. Celui dont Sarah Waters raconte la déchéance
dans L'indésirable (en lire un extrait >>) a ruiné la famille Ayres. Par orgueil
de classe, la veuve, son fils, Roderick, et sa fille, Caroline, agonisent dans leur
maison sinistre, mal chauffée, endommagée par le feu et l'eau, dépouillée de ses
meubles et de ses tableaux. «
Partout en Angleterre, d'autres familles de la gentry sont probablement en train de disparaître exactement de la même manière », commente un de
leurs voisins.
Roderick Ayres (qui, incidemment, a le même prénom que le héros de La maison Usher) impute tous leurs malheurs au gouvernement travailliste, qui permet le démembrement des parcs et des propriétés au profit « des types sans terre, sans famille, qui ne représentent rien dans le comté ». Il est particulièrement révolté du fait que certains de ses amis soient « obligés de travailler » pour rembourser leurs dettes. Le mieux que la gentry puisse faire, estime sa sœur, est de serrer les dents et de se serrer la ceinture en attendant le retour au pouvoir des conservateurs.





