Trois jeunes auteurs québécois revisitent la douce époque où ils regardaient Passe-Partout, où ils dansaient dans les sous-sols et où le litre d’essence coûtait 50 sous.
La nostalgie n'est vraiment plus ce qu'elle était. Jadis réservée aux gens d'un certain âge, elle frappe maintenant très tôt. Est-ce un signe que le monde change de plus en plus vite, ou que le 21e siècle est amèrement décevant ? Toujours est-il qu'à l'aube d'une nouvelle décennie nombre de jeunes auteurs québécois semblent être restés accrochés aux années 1980-1990.
Comment résister à la tentation des rétrospectives quand les médias d'information nous en servent à outrance ? Vingt ans après la chute du mur de Berlin, Annie Cloutier évoque cette année 1989 qui a chamboulé l'Allemagne à travers le séjour qu'y effectue Liv Simard. À 15 ans, l'adolescente s'arrache au bungalow familial de Notre-Dame-des-Laurentides, aux émissions de Lance et compte, aux partys open house, à son baladeur et au beau Philippe, le champion de patin, pour faire un « plongeon brutal et total dans la langue allemande ». Hébergée en banlieue de Hambourg par une famille écolo avant la lettre, Liv trouve l'adaptation difficile et l'Allemagne « hermétique ».
Son sentiment d'exclusion grandit lorsqu'elle voit à la télévision les images de la chute du mur. « Je comprenais avec une acuité croissante qu'il se passait quelque chose d'absolument dramatique. » Une force irrépressible la pousse vers Berlin, mais la peur de s'y trouver seule, isolée, lui enlève le courage de prendre le train. Elle rentrera au pays déçue, ressassant des souvenirs douloureux, cherchant « désespérément la meilleure façon de [s]'inscrire dans le monde ». Elle refera sa vie dans le New Jersey, avec sa fille, Sabine, conçue le soir de la réunification des deux Allemagnes.
Tout l'intérêt du roman La chute du mur tient au parallèle qu'établit Annie Cloutier entre le 11 novembre 1989 et le 11 septembre 2001, entre l'expérience de Liv et celle de Sabine, entre le moment où les frontières se sont abattues et celui où elles se sont élevées de nouveau. Avec une grande sensibilité, elle démontre que chaque génération a ses dates charnières marquant la fin de l'innocence - et le début des regrets.
La nostalgie d'un moment précis peut parfois
être assez forte pour porter
toutes les aspirations d'une vie. Dans Destin (lisez en un extrait), Olga Duhamel-Noyer raconte comment son alter
ego a été marquée par un film qu'elle a vu à 13 ans,
en 1983, lors de vacances familiales
en Espagne. Dans ce film, deux femmes défiaient la dévastation
de la guerre en dansant ensemble, lèvres jointes. Olga a le sentiment que son destin
ne sera accompli que lorsqu'elle aura elle-même vécu cette scène.






