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Petites musiques d'une nuit d'automne


1 Décembre 1999

Le piano de Nancy Huston, les "galops" d'Yves Beauchemin, la mélopée postmoderne d'Hélène Monette.

Un petit roman de Nancy Huston, qui traînait depuis quelque temps sur ma table et que j'hésitais à ouvrir, parce que le précédent m'avait un peu déçu. Le tapuscrit du nouveau roman d'Yves Beauchemin qu'on vient de m'envoyer à toute vapeur, sans doute parce qu'il est destiné au statut de best-seller. Quelques pages, enfin, d'une romancière, Hélène Monette, qui fut particulièrement bien reçue à la Foire de Paris, il y a quelques mois, mais qui cette fois rassemble en volume des textes divers, proses, dialogues, poèmes. Peut-on imaginer plus varié, plus discordant? Tels sont les hasards - à quel point dirigés, je ne sais trop - de la lecture professionnelle.

Je ne crois pas avoir jamais lu, chez Nancy Huston, de roman plus émouvant, plus vrai que ce récit assez bref intitulé Prodige. Elle y utilise un procédé semblable à celui du dernier roman d'Anne Hébert et qui consiste à donner la parole, tour à tour, à chacun de ses personnages, fût-il épisodique comme le voisin grincheux. Le mot du titre s'applique doublement à un des personnages du roman, Maya, qui a été arrachée à une mort prématurée par sa mère, et qui, à 10 ans, est reconnue comme un prodige du piano. La mère, aussi, est pianiste, mais seulement une bonne pianiste; et la grand-mère russe - personnage éclatant de vitalité, de charme, parlant à Dieu comme à un vieil ami -, qui vit avec elles, le fut autrefois. Il n'y en a que pour le piano dans cette maison, et il n'est pas étonnant que le père ait pris ses distances.

Nous pressentons dès le début qu'un désastre va se produire, une vie se détruire, et que cette vie ne peut être que celle de Lara, la mère. La force du roman vient de ce que cette catastrophe paraît inévitable, et qu'elle échappe à toute explication rationnelle. N'est-ce pas la musique elle-même qui tue, ou peut-être l'impossibilité de satisfaire à ses exigences? Nancy Huston parle admirablement du piano, avec une passion nourrie de connaissances précises; et le livre tout entier est porté par la musique des mots, une musique à la fois exaltante et angoissante.

Yves Beauchemin aime également la musique - on se souviendra du compositeur Bohuslav Martinek, personnage de Juliette Pomerleau -, mais si l'on cherchait une forme musicale pour décrire le mouvement de ses romans, ce serait forcément le galop, comme on en entend par exemple chez Johann Strauss et Jacques Offenbach. Or donc, Guillaume Tranchemontagne, riche propriétaire d'une "société de pause-café", ayant atteint l'âge respectable de 59 ans, est tout à coup saisi par la tentation de faire le bien. Sans une seconde d'hésitation, il fait monter dans sa voiture une jeune inconnue qui vient d'accoucher à l'hôpital Notre-Dame, l'installe dans sa grande maison avec le bébé, en tout bien tout honneur, et hop c'est parti, ça ne s'arrêtera que quelques centaines de pages plus loin.

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