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Quand Molson construisait des bateaux...


21 Octobre 2009

C’est au savoir-faire canadien-français et à l’entêtement de John Molson que l’on doit le premier bateau à vapeur du Canada, rappelle l’historien Gilles Laporte dans l'ouvrage Molson et le Québec (Éditions Michel-Brûlé) qui sort ces jours-ci. Un prodige technique pour l’époque.

Photo : Bateau : VIEW-1531/ Photographie / Le Vapeur / Québec, Montréal, Qc, vers 1885 / Musée McCord

L'audacieux projet de Molson de produire de toutes pièces, au Bas-Canada, un bateau à vapeur capable de transporter des marchandises et des passagers entre Montréal et Québec répond donc à des préoccupations bien tangibles, auxquelles tous les Québécois doivent alors faire face. Améliorer la naviga­tion sur le fleuve grâce à la technologie de la vapeur est en fait une condition absolu­ment essentielle pour arriver à sortir l'éco­nomie du Québec du sous-développement. Il n'en demeure pas moins qu'un moteur à vapeur ainsi monté sur une barque et relié à deux immenses roues à aubes relève alors de la haute technologie ; cela équivaudrait, de nos jours, à entreprendre la conception et la construction d'un avion de ligne. Or, les seules expériences concluantes avec un tel bateau n'ont jusque-­là eu lieu qu'en 1807, avec le Cler­mont, lancé sur le Hudson par le génial inventeur Robert Fulton. Molson rencontrera plus tard Fulton à New York, et ce dernier lui fera une offre très raisonnable, consistant à lui livrer un ou deux bateaux « clés en main » en échange d'une redevance commerciale et « technologique ». Ainsi rassuré sur le potentiel commercial de l'entreprise, Molson repoussera péremp­toirement la proposition de Fulton. Il renoncera de même à acheter son premier moteur à vapeur en Angleterre, ce qui aurait pourtant été beaucoup plus simple, et choisira de faire construire ici le bateau, la ferronnerie et le moteur par des artisans de Montréal et de Trois-Rivières, qui cons­truiront en un an l'un des premiers bateaux à vapeur au monde.

À la fin du mois de janvier 1809, Molson se rend en traîneau à Trois-Rivières y rencontrer le maître des Forges du Saint-Maurice, Matthew Bell, ainsi que son personnel, et voir l'avancement des travaux. À l'époque de la Nouvelle-France, les Forges du Saint-Maurice ont été le plus important et le plus moderne établissement du genre en Amérique du Nord, sans équivalent même dans les treize colonies anglaises. Elles ont été fondées en 1730 par décret royal. On y fit venir des ouvriers spécialisés, en particulier des régions de Champagne et de Bourgogne, réputées à l'époque pour leurs forges. Ces ouvriers et leurs familles donnèrent ainsi naissance au village de Radnor, près de Trois-Rivières. Au début du XIXe siècle, on y fabrique pour l'essentiel des poêles, des marmites, des socs de charrue et des enclumes, mais aucun moteur à vapeur de 40 tonnes... On doit donc faire preuve d'un rare savoir-faire, relevant à l'époque du prodige tech­nologique. Les vieilles Forges du Saint-Maurice seront abandonnées en 1883, mais joueront pendant un siècle et demi un rôle clé dans l'histoire de la métallurgie québécoise, employant à un certain moment jusqu'à 800 personnes.

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