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Saisons arabes


20 Juillet 2011

Deux Québécois, Louis Gauthier et Anaïs Barbeau-Lavalette, font le tour de la Palestine et du Maghreb et rapportent dans leurs bagages deux visions radicalement opposées du voyage.

Saisons arabes
Jérusalem - Photo : iStock

Il y a deux sortes d'écrivains nomades : ceux qui parcourent le monde à la recherche d'eux-mêmes et ceux qui vont à la rencontre de l'autre.

Les récits de voyage que Louis Gauthier publie très sporadiquement depuis 1984, réunis sous le titre Voyage en Inde avec un grand détour, le placent certainement dans la première catégorie - et au premier rang des écrivains québécois qui pratiquent ce genre.

Dans son plus récent tome, Voyage au Maghreb en l'an mil quatre cent de l'hégire (lisez-en un extrait ici >>), on retrouve l'écrivain là où on l'avait laissé - c'est-à-dire toujours coincé en 1980 (soit en l'an 1400 du calendrier musulman), et pas tellement plus près de cette Inde rêvée qu'il n'est pas pressé d'atteindre. « J'avais un but, écrit-il, mais je n'avais pas de plan. »

Suivant un « itinéraire saugrenu » déterminé par les hasards de la route, il traverse le Maroc, l'Algérie et la Tunisie dans un état de complet dépaysement. Il est émerveillé par le désert et l'architecture « sensible, mobile, fluide, empreinte de la douceur, de la mollesse de ce qui est vivant », et il y consacre ses plus belles pages d'écriture. Mais il a beau essayer d'échapper à sa condition de touriste, il est la proie de petits arnaqueurs et sa méfiance à leur égard finit par colorer toutes ses relations : « Je ne m'habitue pas à la mentalité des gens du pays, à ce chaos. »

Il en vient à préférer la compagnie des Occidentaux, à trouver le paysage plus beau à travers la vitre d'un autocar. Il passe à côté des troubles à la frontière de la Libye, à côté même d'une tornade ! Il doit avouer : « Je n'ai pas fait preuve d'une grande curiosité depuis mon arrivée. » En fait, il a le mal du pays, qu'il traîne comme une carapace identitaire. « Plus je voyage, conclut-il, plus je comprends ce besoin de se sentir chez soi. »

Anaïs Barbeau-Lavalette, elle, est un de ces écrivains qui se sentent spontanément chez eux dans la culture des autres. Ses chroniques palestiniennes, intitulées Embrasser Yasser Arafat (lisez-en un extrait ici >>), nous font entrer dans le quotidien d'un peuple qu'elle cherche passionnément à comprendre. Enfant écrasé sous les roues d'une jeep israélienne, immeubles détruits par les tanks, files interminables aux checkpoints qui découragent les déplacements : elle tient sur ces drames des propos réfléchis et nuancés, respectant les sensibilités de ces gens chez qui elle a bien conscience de n'être qu'une invitée.

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Commentaires (1)

Pour être allé au Maroc en

Pour être allé au Maroc en 1980, pour m'être fait tellement emmerder que j'ai juré de ne jamais y remettre les pieds, ma sympathie va à Gauthier.
Je voyage un peu comme lui: de l'intérieur. Et toujours heureux de rentrer chez moi.

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