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Terres brûlées


5 Février 2010

Comment continuer à vivre là où le sol est miné, l’eau contaminée et l’air empoisonné ?

Une épidémie de grippe, un colis suspect dans le métro, quelques cas de listériose, et l'on croit comprendre à quel point le monde est dangereux. Mais certaines lectures ont le don de remettre les choses en perspective et de nous faire apprécier notre sécurité relative. C'est le cas, notamment, de deux nouveaux romans qui se passent respectivement en Inde et en Afghanistan.

Les mines antipersonnel, on le sait, font des victimes longtemps après la fin des hosti­lités - souvent sur des terrains où les enfants vont jouer. Dans La vaine attente, Nadeem Aslam raconte comment les troupes soviétiques ont parsemé la campagne afghane de mines « aux allures de jouet, poupées, crayons de couleur, montres en plastique brillant », qui ont fait tant de morts que « certains vautours ont acquis le goût de la chair humaine ». Au fil des pages de cette œuvre imposante, on ne cesse de croiser des victimes de ces machines infernales. On assiste à une opération de déminage artisanale au moyen d'avions en papier enflammés, on voit les pommes-grenades d'un verger entier répandre leurs graines rouges sous le choc d'une explosion. Partout, on constate la destruction : « À parcourir les rues, on avait l'impression que seul le ciel n'avait pas changé. »

Tout l'art de Nadeem Aslam réside dans cette façon d'oppo­ser les images poétiques aux atrocités, les joyaux de la cul­ture afghane aux barbaries des invasions successives qui l'ont presque oblitérée. Cette culture sacrifiée, elle est symbolisée par une maison isolée aux environs de Jalalabad, où trois personnes attendent des nouvelles de leurs proches disparus. Ses murs sont ornés de fresques couvertes de boue, ses plafonds sont tapissés de livres cloués comme autant de crucifiés, et dans sa cave se trouve une statue de Bouddha à demi ensevelie. L'horreur a aussi contaminé la tradition orale afghane, « sans égale dans le reste du monde ». Ses djinns et ses démons ont été remplacés par des monstres bien pires : imams fourbes, traîtres seigneurs de guerre, soldats soviétiques vampi­risant le sang des résistants, talibans forçant les femmes à amputer leurs époux, Américains qui n'hésitent pas à torturer leurs prisonniers, « ces parcelles de territoire ennemi ». Et si les témoignages qu'échangent les personnages sont troués d'omissions, c'est que la vérité est « trop épouvantable » à dire.

En Afghanistan, écrit Nadeem Aslam, « il suffit de tirer un fil pour constater qu'il est relié au reste du monde ». L'auteur impute le climat de terreur aux puissances occidentales qui appuient des despotes corrompus, mais aussi à une interprétation trop littérale du Coran, dont il cite maints passages incitant à la violence. « Ce pays n'aurait pas connu le sort qui est le sien, si on l'avait laissé tranquille », insiste-t-il. Mais le mal est fait et, comme les mines, il sévira encore pendant de nombreuses années.

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Commentaires (1)

Poignant résumé qui maintient

Poignant résumé qui maintient le lecteur en phase avec la réalité afghane. Voir le monde tel qu'il est et non tel que nous le souhaiterions, voilà le défi du temps présent.

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