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Un automne riche de promesses


1 Février 1992

On a rarement vu paraître au Québec tant de romans, et tant de bons, de lisibles, que ces derniers mois.

Ce n'est pas une vague, c'est un raz de marée; modeste tout de même, relativement, nous ne sommes ni en France ni aux États-Unis. Mais j'ai rarement vu paraître au Québec tant de romans, et tant de bons, de lisibles, que l'automne dernier. Donc acte: l'industrie se porte bien. Pour moi, je me prépare à commettre quelques injustices, par la force des choses, c'est-à-dire à laisser dans l'ombre un certain nombre de récits qui mériteraient un peu d'attention. Après en avoir humé une dizaine, je finis par en retenir quatre, remarquables en eux-mêmes, et qui offrent un échantillonnage assez fidèle de la production.

Ce sont quatre romans courts. Mais entrez dans celui de Marcel Bélanger, La Dérive et la chute, vous en aurez pour longtemps, et le voyage ne sera pas facile. C'est une saison en enfer que nous sommes invités à traverser, en compagnie d'une femme (la narratrice) happée par la folie. Sortie d'une institution psychiatrique, elle s'est réfugiée dans une maison presque en ruines, à l'extrémité d'un village qui est lui-même le terme ultime de la voie ferrée. Le symbole est clair. A partir de là, elle remonte au début de son épouvantable dérive, et jusqu'à l'enfance et au traumatisme qui l'orienta sur le mauvais aiguillage. J'ai craint, parfois, de voir le récit sombrer dans la technicité du cas clinique. Mais non. Dans une écriture forte, subtile riche en inventions de toutes sortes qui brisent la monotonie forcée des obsessions, Marcel Bélanger nous offre une image bouleversante de l'essentielle fragilité de l'être humain. Ce beau livre n'a vraiment qu'un défaut: son titre, qui est d'une affligeante banalité .

La dérive... est le premier roman de Marcel Bélanger , qui est également poète; Jean-Marie Poupart en est à son énième titre et j'attendais depuis assez longtemps l'occasion - inévitable, me semblait-il - de le louer sans trop de restrictions. Ce n'est pas que L'accident du rang Saint-Rock soit sans défauts; les dialogues, parfois, sonnent aussi faux que ceux d'un téléroman. Mais voici un petit récit, parfait mélange de cruauté et d'humour qui nous saisit à la première page et ne nous lâche plus. Une femme tue son mari qui est un être détestable; elle le fait comme par inadvertance, comme une chose tout à fait banale. Reste à disposer du cadavre. Elle aura l'aide de ses deux fils, le premier fermier comme son père, le deuxième agent d'assurances, arrivé inopinément avec sa blonde. Jean-Marie Poupart, qui intervient à titre personnel au début du livre, nous dit que l'idée de ce récit lui est venue alors qu'il travaillait à une série de romans pour adolescents. D'où, peut-être, l'économie, l'apparente simplicité de ce roman. Les personnages du Rang Saint-Roch sont, adultes, des demeurés moraux; c'est assez effrayant.

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