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Un tour en Arkadie


27 Mai 2009

Extrait du roman Un tour en Arkadie, par Francine Pelletier, publié avec l'aimable autorisation des Éditions Alire.

(Chapitre 3, p. 35-43)

Une affreuse migraine vrillait sa tempe. Que diable avait-elle bu pour se rendre aussi malade ? Ça ne lui arrivait pas souvent, seulement quand elle se retrouvait à Kozuma avec Christane. Et, non, ça ne pouvait pas être un lendemain de veille à Kozuma, parce qu'elles étaient coincées au dock de Lien depuis une éternité à cause de cette fille. Et puis, non, Christane avait déniché un client, un foutu Arkadien avec ses deux conteneurs de soi-disant matériel agricole, et qui avait posé une bombe dans la soute du Gagneur, et qui les avait obligées, Christane et elle, à prendre la barge pour se rendre sur...

Il se passa plusieurs choses presque simultanées. Frédérique voulut lever une main pour se tâter la tête, constata que ses poignets étaient liés l'un à l'autre et, se rappelant avec retard qu'elle se trouvait dans la barge, elle tenta de se redresser... et se sentit glisser sur une surface trop lisse. Elle chuta, un choc brutal, douloureux. Se retrouva dans l'herbe.

Un flot de données la submergea. Le poids trop lourd de son corps. Une odeur piquante, épicée. La chaleur, le contact humide de ses propres vêtements sur sa peau moite.

Un cri étouffé. C'était la voix de Christane. Frédérique plissa les paupières, car la clarté du jour lui blessait les yeux, mais elle distingua le visage angoissé de son associée, et sentit la rugosité de l'herbe drue sous son corps de plomb, et - ô, mon Dieu ! - la panique afflua de nouveau. Elle se trouvait dehors, à l'air libre, et ce ne pouvait être qu'à la surface d'Arkadie.

Elle respirait avec peine. Une oppression dans sa poitrine (l'atmosphère d'Arkadie, mon Dieu, cet air était-il trop pauvre en oxygène, elle ne savait plus). Un bâillon sur sa bouche ne facilitait pas la respiration.

Christane s'était approchée d'un pas pesant et maladroit. Ses mains saisirent Frédérique, la remirent sur ses pieds. Frédérique aurait voulu jurer, tous les gros mots de son répertoire y seraient passés sans ce foutu bâillon. Ses poignets étaient liés devant elle, toutefois ses jambes étaient libres. Elle distingua, sur sa gauche, la masse grise d'un conteneur suspendu à quelques pieds du sol par son système antigrav. Elle avait été étendue sur le dessus, et elle en avait glissé en reprenant conscience.

Avec la douleur, elle retrouva la colère. Elle étouffait d'une stupeur furieuse. Ils l'avaient ligotée, bâillonnée !

Christane l'entoura de ses bras. Frédérique rua pour se dégager, elle tenta d'asséner un coup de pied à la pilote, mais son corps lui obéissait mal, ses jambes pesaient au moins une tonne chacune. Christane resserra son étreinte en chuchotant.

- Écoute, calme-toi, je t'en prie...

Derrière, Frédérique vit Piccino qui l'observait, la mine au moins aussi navrée que celle de Christane. Mais ils ne seraient jamais aussi désolés que lorsqu'elle leur aurait jeté à la tête leurs quatre vérités !

- Frée... murmura Christane d'un ton suppliant.

Frédérique suffoquait. Piccino s'approcha pour lui parler tout bas à son tour.

- Si vous êtes incapable de vous contrôler, vous resterez bâillonnée et ligotée.

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