Romancier et comédien tout à la fois, Robert Lalonde est un être étrange, qui mord dans la vie avec un appétit féroce.
J'attendais Don Juan - toutes les femmes trouvent Robert Lalonde tellement beau! - mais quand il s'est enfin amené, le soir du lancement de son nouveau roman, Le Petit Aigle à tête blanche, j'ai cru reconnaître l'ogre du Petit Poucet de Perrault.
Robert Lalonde n'est pourtant pas gros. Mais il a quelque chose d'immense. À peine entré, il occupait déjà toute la place. C'est un homme massif, haut et large, un peu ventru. Des yeux ronds et perçants, fouineurs aussi, qui roulent en dévorant l'espace, à l'affût, gourmands. Soudain, il a éclaté de rire. Un gros rire, rauque et puissant, qui semblait sortir du ventre de la terre.
Plusieurs jours de lectures et d'entrevues ont confirmé ma thèse. Robert Lalonde, l'écrivain maintes fois lauréat, le comédien couru, acteur dans de nombreux téléromans et professeur de théâtre au cégep le reste du temps, est un ogre. Un être gigantesque et étrange, mordant dans la vie avec un appétit féroce, véritable Gargantua de la création, dangereusement insatiable.
Cet automne, le romancier-comédien - le seul au Québec -, enregistrait des émissions de télévision le matin (c'est lui l'amant de Rémy Girard dans le nouveau Scoop), montait un collage de textes de Shakespeare sur l'amour avec les étudiants de l'option théâtre du cégep Lionel-Groulx l'après-midi et jouait le chevalier de Ripaffrata à côté de Sylvie Drapeau dans La Locandiera de Goldoni le soir. Et puisque, à travers tout ça, il a lancé un roman immédiatement porté aux palmarès, il a rencontré des journalistes dans toutes les villes où La Locandiera était à l'affiche.
Les Québécois ont découvert le comédien avant l'écrivain mais Robert Lalonde écrit depuis presque toujours. Il traîne partout son crayon, quelques feuilles et une grosse gomme à effacer. Et il écrit, furieusement, comme si le diable était à ses trousses. Lalonde n'est pas un écrivain à se morfondre devant une feuille blanche. Il noircit page après page et parfois, le lendemain, il jette tout au panier. Là, comme dans tout ce qu'il fait, Robert Lalonde se défonce.
Un jour pourtant, il y a peut-être 20 ans, Robert Lalonde s'est arrêté. Les jambes molles, le souffle coupé. «Je venais de lire L'Hiver de force de Réjean Ducharme. Je n'ai plus été capable d'écrire pendant longtemps. J'avais l'impression que tout avait été dit, qu'il n'y avait plus rien à raconter.»
«Personne au Québec n'écrit aussi bien que Ducharme», confiait-il encore à Suzanne Lévesque il y a quelques semaines, lors d'un enregistrement de l'émission Sous la couverture. Depuis, Le Petit Aigle à tête blanche de Lalonde a raflé le Prix du gouverneur général, damant le pion à Va savoir, le dernier Ducharme. Robert Lalonde n'en revient pas. «La seule chose qui rend mon malaise un peu moins grand, c'est de savoir que Ducharme a déjà reçu ce prix deux fois. Heureusement, Le Petit Aigle est le roman dont je suis le plus content.»





