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Lorraine Pintal, celle par qui le désir, l'effroi et le scandale arrivent !


22 Septembre 2011

En cette époque où Twitter et Facebook incarnent ce besoin bien humain de « dire », Lorraine Pintal a réussi le pari d’amener une nouvelle génération au TNM. Rencontre avec une artiste qui connaît le pouvoir de l’argent. Et surtout celui des mots !

Lorraine Pintal, celle par qui le désir, l'effroi et le scandale arrivent !
Photo : J.-F. Bérubé

Nue et assoupie. Inattendue, cette photo récente de Lorraine Pintal qui circule dans Internet ! La directrice du Théâtre du Nouveau Monde (TNM), à Montréal, a plutôt une réputation de dynamo boulimique de boulot, incapable de s'arrêter. « Dormir ? Quelle perte de temps ! » aime-t-elle à dire. Entre les mises en scène, les répétitions et autres activités de collecte de fonds, elle a accepté de prendre la pose, en 2009, pour un projet artistique (livre et expo) qui ne s'est pas concrétisé. Sur le cliché, on la voit dans son lit, en cuil­lères avec son amoureux, l'homme d'affaires Christian Yaccarini - lui aussi dans le plus simple appareil.

La nudité n'a jamais gêné Lorraine Pintal. Elle a même déjà joué en tenue d'Ève, en 1980, dans Pourquoi s'mett' tout nus, une création du Théâtre de La Rallonge (aujourd'hui disparu), qu'elle a cofondé en 1973. « L'idée était de briser les tabous sexuels, raconte-t-elle. On se déshabillait en entrant en scène et, une fois la curiosité des spectateurs assouvie, on faisait passer notre message. Ç'a été un énorme succès ! »

Bien qu'elle se définisse d'abord comme une artiste, Lorraine Pintal a le sens du marketing et des affaires. Pas pour rien qu'elle cumule, depuis sa nomination, en 1992, les fonctions de directrice artistique et de directrice générale du TNM. Une double tâche avec laquelle elle s'est colletée alors que le théâtre vivait l'une des crises les plus aiguës de son histoire, entre casse-tête financier et grève des techniciens. Même ses critiques les plus acerbes le reconnaissent : sans elle, le Théâtre du Nouveau Monde ne serait sûrement pas la fringante compagnie qui célèbre ses 60 ans cet automne... comme Lorraine Pintal, d'ailleurs.

Dans le paysage théâtral québécois, le TNM occupe une place à part. Plus grand théâtre de la province (830 places), il s'est donné pour mission de produire et de diffuser textes d'époque et créations d'aujourd'hui, du réper­toire national et international. Il fait en outre des tournées en région, des coproductions et des échanges internationaux (avec le Théâtre Piccolo, à Milan, le Théâtre des Célestins, à Lyon...).

Depuis son arrivée, la DG a plus que triplé le nombre d'abonnés du TNM (ils sont passés de 3 000 à 11 000), épongé son déficit (1,3 million de dollars), orchestré sa restauration, en 1996, et assaini les relations de travail. Pendant ce temps, la directrice artistique récoltait des succès populaires en programmant des « classiques d'hier et de demain », de Molière à Réjean Ducharme en passant par Edmond Rostand et Évelyne de la Chenelière. Et mettait elle-même en scène une vingtaine de pièces, tandis que la comédienne a joué dans des télé­séries (comme Juliette Pomerleau, d'Yves Beauchemin, en 1998), au cinéma (Congorama, de Philippe Falardeau, en 2006), et a animé une émission littéraire à la Première Chaîne de Radio-Canada (Vous m'en lirez tant, de 2008 à 2011). Pour couronner le tout, elle a revêtu ce printemps le costume et la perruque de Madame Louis 14 (pièce solo qu'elle a écrite et mise en scène) sur les planches du Théâtre du Rideau Vert, n'ayant pu résister à l'invitation de Denise Filiatrault.

Juchée sur un tabouret du Café du Nouveau Monde, Lorraine Pintal domine le hall de briques et de béton du TNM - décor qu'elle habite depuis bientôt 20 ans. Bien qu'elle soit plutôt menue, elle en impose. Par sa voix sonore, d'abord, à laquelle elle peut imprimer mille et une modulations. Par son parler articulé, ensuite, qui agace les uns et captive les autres. Devant un verre de camomille - qu'elle sirote à longueur de journée, mais dont les vertus calmantes semblent inopérantes -, la volubile Lorraine papillonne entre ses souvenirs, ponctue ses phrases d'éclats de rire et reste branchée sur ce qui se passe autour de nous.

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Madame Louis 14, texte, mise en scène et interprétation de Lorraine Pintal, au Théâtre du Rideau Vert, printemps 2011. (Photo : F. Laplante Delagrave / Théâtre du Rideau Vert)

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