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Marie-Thérèse Fortin, impératrice


17 Mars 2010

On l'imagine collier de perles et échine droite ; on la découvre drôle, pleine de grâce, à la fois libre et bourgeoise, vamp et mamma. Une actrice (Barbara dans Les hauts et les bas de Sophie Paquin ; Gisèle dans Les grandes chaleurs). Directrice artistique du Théâtre d’Aujourd’hui, Marie-Thérèse Fortin produit des spectacles qui n’insultent pas l’intelligence. Récemment, elle y mettait en scène Sylvie Drapeau, magistrale, dans La liste. On la verra bientôt, avec un aréopage féminin de haute tenue (Guylaine Tremblay, Maude Guérin, Janine Sutto), dans Belles-sœurs, théâtre musical de René Richard Cyr et Daniel Bélanger, d’après la pièce de Tremblay, évidemment, le plus bouleversant party de collage de timbres-primes de l’histoire du théâtre.

Marie-Thérèse Fortin, impératrice
Photo : Jocelyn Michel

Passer d'Élisabeth Ire d'Angle­terre (sur la scène du TNM, en 2008) à la « ménagère » Germaine Lauzon, cela tient du grand écart, non ?

- Toutes les actrices rêvent de jouer un personnage de Tremblay, comme elles rêvent de jouer Andromaque ou une reine de Shakespeare. De Tremblay, j'ai déjà interprété Pierrette dans Les belles-sœurs et Mireille dans Messe solennelle pour une pleine lune d'été, au Trident, à Québec. Pour la production qui nous occupe, le choix de René Richard Cyr de me confier le rôle de Germaine peut sembler inattendu et, du coup, très excitant.

En mettant en musique l'une des pièces fondatrices de la dramaturgie québécoise, n'y a-t-il pas un danger de « spectaculariser » le drame intime de ces 15 femmes ?

- On se tient plus près du théâtre musical de Brecht que du clinquant de Broadway. Ce sont les personnages qui chantent, pas Marie-Thérèse Fortin qui vient pousser sa « toune ». Cela dit, on veut quand même être bonnes et faire honneur au travail de Daniel Bélanger, qui s'est inspiré du son Motown, un mélange de soul et de rhythm and blues. La pièce, constituée de solos, de duos et de quatuors, et la langue de Tremblay, particulièrement percussive dans cette œuvre, se prêtaient bien à un traitement musical.

Vous qui avez consacré un tour de chant à Barbara connaissez la force des chansons. Qu'en est-il de celles de Belles-sœurs ?

- Elles grandissent la pièce, si cela se peut. Quand Rose Ouimet, par exemple, chante « Tous les matins que l'bonyeu amène / Y s'réveille avant moé, pis y attend » (« Maudit cul »), sa partition inscrit à jamais dans le temps ces femmes d'une époque pas si éloignée, campée dans un Québec qui a réellement existé, même si les nouvelles générations ont du mal à le croire. Mon fils de 16 ans, qui a étudié la pièce à l'école, ne comprend pas l'influence qu'elle a pu avoir. Il comprendra, j'espère, en voyant le spectacle.

Le livret prend-il des libertés avec la pièce qui l'a inspiré ?

- René Richard Cyr a élagué, mais n'a rien ajouté, il n'a pas touché à la structure. Ce qui ressort dans cette version musicale, c'est peut-être moins l'histoire de chacune des femmes que la dynamique entre elles face au million de timbres tombant au milieu de la cuisine de Germaine, qui du coup s'imagine qu'elle va pouvoir s'acheter le bonheur.

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