Musique

Certains artistes finissent par déranger. Parce qu’ils sont marginaux ou mal-aimés, parce qu’on en parle parfois beaucoup trop ou trop peu…

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Quand la route est dure
Jamil / Je dure… Très, très dur…
Leïla/Select
Il chante comme un gros macho gueulard toujours à moitié ivre. Pourtant, sous sa carapace, Jamil Azzaoui est un rude travailleur, un mec tendre et parfaitement intelligent. Mais après Pitié pour les femmes et Pitié pour les bums!, le titre particulièrement grivois de ce troisième opus lui a porté malheur. Victime d’un accident vasculaire au lendemain du lancement, le fêtard s’est retrouvé aux urgences ; sa tournée de promotion a été annulée. Ce n’est pas une raison pour bouder son œuvre. Surtout que, musicalement, cet album est le plus étoffé du triptyque. Avec le renfort des cuivres du « Gland Orchestre » (excusez-le !), le bluesman souligne ses racines marocaines dans « Daing Daing », plein de verve. Encore cet humour cinglant dans l’hommage à Dédé Fortin, « Poubelles », comme dans cette inénarrable chanson de Ricet Barrier, « Les spermatozoïdes ». Appliquant à la lettre la maxime de Plume Latraverse « Faut savoir rire de soi-même, même si ça règle pas nos problèmes », Jamil ne fera pas non plus mentir le bouillant acteur John Belushi en clamant haut et fort : « Le dur poursuit sa route ! »

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La madone oubliée
Stéphane Moraille / Florida Water
Deja Musique/Warner
Vous rappelez-vous le refrain à succès de 1997 « Drinking in L.A. », de Bran Van 3000 ? Si oui, ça fait un bail que vous connaissez le travail ainsi que la voix funky et nasillarde de Stéphane Moraille. Le retour sur scène du groupe, en 2008, aura abouti au premier album de cette diva d’origine haïtienne, qui est restée dans l’anonymat malgré son côté glamour excentrique et ses apparitions dans des registres autres que le dance, le house ou le world jazz, en Amérique et en Europe. Avocate le jour, Stéphane peut se métamorphoser le soir en une dynamo qui regorge de soul. Réalisé avec de grands moyens, ce disque bruyant et touffu aurait un succès instantané s’il était signé Madonna !

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Le cas Florence
Florence K. / La historia de Lola
Musicor/Select
Son père est un musicien libanais, sa mère une cantatrice colorature québécoise née à Tokyo et qui a grandi entre Lima et Moscou. L’univers de Florence K. est donc rempli d’influences et de couleurs diverses. Elle se défend d’ailleurs en quatre langues sur cet album exotique, qui succède à l’immense succès de Bossa Blue. La chanteuse et pianiste ne prétend plus jouer du jazz ou du blues comme à ses débuts, mais crée spontanément des chansons pop avec des influences latino-américaines. Bernard Lavilliers lui donne un joli coup de main dans « Et si jamais ». Le résultat est assez plaisant et original, surtout dans la pièce-titre, une fable sur le pouvoir, le courage et la féminité.

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Démone du midi
Viva Vivaldi / Airs d’opéras d’Antonio Vivaldi ; concerto en do majeur pour flûte à bec, cordes et basse continue ; concerto en ré majeur pour luth, deux violons et basse continue. Cecilia Bartoli, mezzo-soprano ; Il Giardino Armonico, dir. Giovanni Antonini. DVD EMI Classics 50999 2 16587 9 2.

Au milieu de l’hiver, une dose de soleil signée Cecilia Bartoli est la bienvenue. Ce DVD du récital que la mezzo-soprano colorature italienne a donné au Théâtre des Champs-Élysées, en 2000, propose une portion généreuse d’art superlatif. La chanteuse a 34 ans, sa voix est à son zénith. On ne percevra plus Vivaldi de la même manière après avoir entendu cette artiste démoniaque rendre avec autant de brio que d’émotion la palette expressive et technique du compositeur italien : mélodies fluides et envoûtantes pour l’amour et la peine, vocalises rageuses pour la jalousie et la colère, dialogues époustouflants entre voix et instruments. Actrice accomplie qui s’investit dans le climat des œuvres, elle a du mal à se remettre (nous aussi !) de Gelido in ogni vena, où une mère pleure son fils. Soulignons l’apport exceptionnel de l’ensemble et des solistes
d’Il Giardino Armonico. À écouter en boucle.

Combinaison gagnante
Oeuvres pour violon et orgue. Anne Robert, violon ; Jacques Boucher, orgue. XXI-CD 2 1626.

La rare combinaison violon et orgue se révèle gagnante sur ce disque original réunissant Anne Robert, ancienne de l’OSM et fondatrice du Trio Hochelaga, et Jacques Boucher, champion infatigable de l’orgue au gré de ses fonctions à Radio-Canada ou à l’université. Séduisantes, captivantes, lyriques, les œuvres vont du Suédois Gustav Hägg au Canadien John Burge. Une belle découverte.

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