Appelez-le Socalled

Est-ce un rappeur, un chanteur, un musicien ? Josh « Socalled » Dolgin veut d’abord divertir. La diaspora juive, ses amis, mais aussi le monde.

par Simon Coutu
Est-ce un rappeur, un chanteur, un musicien ? Josh « Socalled » Dolgin veut d’ab

Photo : Christian Blais

Le rappeur montréalais « Socalled » – de son vrai nom Josh Dolgin -, disc-jockey, magicien, cinéaste, créateur de bandes dessinées, marion­nettiste et j’en passe, n’accu­mule pas que les talents. Dans son appartement du Mile End, quartier multiethnique de Montréal, des dizaines de boucles de ceinture trônent sur le rebord de la fenêtre de sa chambre. De vieilles pancartes routières artisanales tapissent tous les murs. D’autres, trop grandes pour être accrochées, sont glissées derrière les meubles. Dans la cuisine, les placards cachent des verres et des tasses ornés d’imprimés rétro. Sans parler des milliers de disques vinyle qui traînent un peu partout et que Josh Dolgin n’a plus le courage de compter.

Alors que nous marchons dans la ruelle derrière chez lui, Socalled s’arrête pour fouiller dans les déchets de ses voisins, des juifs hassidiques. D’une boîte en carton, il sort un livre écrit en hébreu. « J’adore le jour des poubelles ! On trouve n’importe quoi », me dit-il dans un français teinté d’un accent anglophone.

À 34 ans, Josh Dolgin est le plus original des ambassadeurs de la diversité montréalaise. Juif devenu athée, homosexuel, il marie avec succès le hip-hop au folklore yiddish. Ses admirateurs se comptent par milliers, d’Outremont jusqu’en Ukraine. Plus de 2,5 millions de personnes ont visionné dans Internet le vidéoclip de sa chanson « You Are Never Alone ». Le cinéaste montréalais Garry Beitel (Bonjour ! Shalom !, Chez Schwartz) lui a consacré un documentaire, The Socalled Movie, produit par l’Office national du film en 2010.

« Comme mon quartier, ma musique est un grand mélange de cultures », dit l’homme de petite taille au teint pâle et à la chevelure noire frisée, dont les lunettes lui donnent des airs de professeur Tournesol.

Josh Dolgin, né à Chelsea, en Outaouais, est arrivé à Mont­réal à l’adolescence, en 1996. Il s’est d’abord appelé « Socalled Heavy J », surnom signifiant que ni lui ni sa musique ne sont « pesants », puis « Socalled » tout court.

Le soir du lancement de son troisième album, Sleepover, en mai dernier, l’artiste saute partout sur la scène devant une salle pleine à craquer. Il rappe en anglais, en français et en yiddish, s’accompagnant au piano, à l’accor­déon et avec son fidèle échantillonneur. Entre deux chansons, il donne vie à ses marionnettes, créées de ses mains – une de ses nouvelles passions. Socalled enchaîne les tours de magie avec des ficelles blanches pendant que les musiciens accordent leurs instruments. « Je fais du divertissement avant tout. Je suis un peu comme [le chanteur américain] Prince, qui intégrait la danse, la pyrotechnie et le théâtre à ses concerts. Moi, je le fais avec des marionnettes et des petits tours de magie. »

 

Ses créations sont à son image : empreintes d’une douce folie et éclectiques – il prépare une comédie musicale sur l’œuvre du compositeur allemand Kurt Weil et une émission pour enfants avec ses marionnettes. À la base, il y a le klezmer, ce folklore des Juifs ashkénazes qui ont immigré aux États-Unis à la fin du 19e siècle. Socalled y superpose ensuite ses influences afro-américaines, comme le hip-hop, le funk ou la musique soul.

Même si la plupart de ses mélodies sont inspirées de la tradition hébraïque, Josh Dolgin tente de s’éloigner du stéréotype du rappeur juif. Il s’identifie d’ailleurs beaucoup plus à John Lennon qu’au roi David. « Je puise dans mes racines juives, mais je ne veux pas faire de la musique seulement pour ma communauté. Mes collègues musiciens, ce sont des artistes comme Arcade Fire, Peaches, Patrick Watson ou Feist. Je suis un musicien du monde », dit-il.

Socalled multiplie les collaborations. Sur son plus récent disque, Enrico Macias s’invite le temps d’un couplet. Socalled produira d’ailleurs la moitié du prochain album de ce chanteur de charme français d’origine algérienne.

Une trentaine d’artistes ont aussi participé à l’enregistrement de l’album Sleepover, dont The Mighty Sparrow, connu comme le roi grenadin du carnaval calypso, le pionnier du funk Fred Wesley, le pianiste new-yorkais Irving Fields et la rappeuse américaine Roxanne Shanté.

 

La plus proche collaboratrice de Josh Dolgin, Katie Moore, la voix que l’on retrouve sur la chanson « You Are Never Alone », confirme les ambitions internationales du multi-instrumentiste. « Il ne veut pas conquérir seulement la diaspora juive, mais la planète entière », s’exclame la grande rousse.

Socalled compte beaucoup d’admirateurs en Europe, particulièrement en France. Curieusement, les anglophones apprivoisent moins facilement son extravagance. « Aux États-Unis, ça ne marche pas du tout ! » dit le musicien. « Je ne sais pas pourquoi. En Ontario, kaput, rien. Ici, au Québec, on m’adore. Le Québec a élu le NPD, et l’Ontario les conservateurs. Ceci explique peut-être cela… »

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