En musique, au Québec, l’automne 2008 appartient aux femmes. En voici quatre qui sont bourrées de talent et d’imagination. Et qui n’ont pas peur des mots.

Il fut un temps, pas si lointain, où le Québec fabriquait en série des « chanteuses à voix ». Dans le sillage de Céline Dion et de Lara Fabian, c’était à qui pousserait la note la plus haute, à qui aurait la voix la plus puissante. Cette époque semble révolue. Les « formules 1 » de la chanson cèdent de plus en plus la place à une génération d’auteures-compositrices-interprètes qui ne redoutent pas les aigus, mais chantent la plupart du temps en douceur et ne cherchent pas les prouesses vocales. Elles se comptent à la douzaine. Elles s’appellent Ariane Moffatt, Jorane, Amélie Veille, Martha Wainwright, Florence K., Marie-Annick Lépine, Ginette ou Mara Tremblay… Cet automne, ce sont Catherine Major, Catherine Durand, Pascale Picard et Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, qui occupent l’avant-scène. Et elles pourraient y rester longtemps.
« Ce que nous avons en commun, nous toutes, c’est que nous proposons, chacune à notre manière, un “univers” qui nous est propre. Personne ne s’impose par une seule chanson qui se hissera au sommet du palmarès », dit Catherine Durand, dont les deux plus récents albums, Diaporama et Cœurs migratoires, ont séduit à la fois la critique et le public.
« Les femmes qui nous ont précédées étaient surtout des interprètes. Il y a maintenant une nouvelle génération d’auteures-compositrices-interprètes. Les femmes se sont réveillées. Elles ont pris la parole. Ce qui est extraordinaire, c’est que nous sommes solidaires les unes des autres, malgré nos différences », renchérit Catherine Major. Lauréate du prix Félix-Leclerc aux dernières FrancoFolies, cette surdouée a pris son véritable essor avec la sortie de Rose sang, il y a un an.
Les nouvelles femmes de la chanson québécoise sont des artistes, pas des vedettes. Elles ne passent pas beaucoup à la radio, sauf à Radio-Canada, sur Espace musique ou à la Première Chaîne, et elles ne font pas les manchettes de la presse artistique. C’est par le bouche-à-oreille, par des tournées d’un bout à l’autre du Québec et par Internet qu’elles recrutent des adeptes.
À ce propos, l’histoire de Béatrice Martin, alias Cœur de pirate, est à la limite du vraisemblable. Tout a commencé dans Internet. La petite dernière de cette vague d’auteures-compositrices-interprètes n’a que 19 ans. « Je suis venue à la chanson par accident », raconte-t-elle, et on la croit sur parole. Pour « arrêter de broyer du noir » à l’adolescence, et pour survivre à ses déboires amoureux, elle s’est mise à l’écriture, elle qui venait justement de découvrir la lit térature et la puissance des mots dans l’œuvre de Milan Kundera. Puisque ses textes ressemblaient à des paroles de chansons et qu’elle avait neuf ans de piano dans les doigts — même si elle n’avait pas touché à son instrument depuis trois ans —, la jeune fille a entrepris d’en faire des chansons, à la suggestion d’amis. Elle en a enregistré quelques-unes, de manière très artisanale.





