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Être étranger chez soi


29 Novembre 2011

Voilà tout pour mettre en appétit les lecteurs d’essais littéraires : une nouvelle collection nommée « Liberté grande », en hommage à Julien Gracq, et dirigée de surcroît par le redoutable et redouté Robert Lévesque.

Chronique de Pierre Cayouette : Être étranger chez soi

L'historienne, sociologue et romancière Régine Robin signe l'un des trois premiers titres de cette nouvelle collection des Éditions du Boréal - Wajdi Mouawad et Jean-François Chassay y figureront aussi. L'auteure du célèbre roman La Québécoite, paru en 1983, propose une réflexion percutante autour de l'identité, thème qui agite depuis toujours les milieux intellectuels québécois.

Née en France de parents juifs polonais, Régine Robin a immigré à Montréal en 1977. Professeure de sociologie à l'Uni­versité du Québec à Montréal (UQAM), elle a incarné mieux que quiconque le phénomène de l'écriture migrante.

Dans cet essai de haute voltige, elle fait un aveu troublant au lecteur. « Après 35 ans, je ne me sens toujours pas chez moi ici. » Bien qu'elle souligne à quel point les intellectuels antinationalistes ont été largués, elle réaffirme haut et fort que, pour elle, le nationalisme réveille des démons et rime avec danger. Il lui fut infiniment plus facile de se sentir cana­dienne que québécoise, précise-t-elle, tout en ajoutant qu'elle juge « exécrable » le présent gouvernement conservateur.

Elle se livre à une analyse particulièrement cinglante du nationalisme québécois, en rappelant des épisodes troublants de l'histoire récente - comme la déclaration de Jac­ques Parizeau sur l'argent et le vote ethnique après la défaite référendaire de 1995 ou encore les attaques au vitriol de Victor-Lévy Beaulieu contre Michaëlle Jean - et en écorchant le « nous » que proposent Éric Bédard, Mathieu Bock-Côté, Jean-François Lisée et autres penseurs nationalistes.

Ne pas marcher au pas du régiment nationaliste, pour une écrivaine et universitaire, demande bien du courage, rappelle-t-elle. Ceux qui s'aventurent en dehors de ce paradigme en paient le prix. Voilà pourquoi, croit-elle, son essai risque de se heurter à un « rejet global ».

Qu'à cela ne tienne, Régine Robin continue de rêver d'un « nous » véritablement habitable pour les Québécois qui ne sont pas « de souche ». Si elle ne se sent toujours pas chez elle au Québec, elle a tout de même trouvé, dans ces rues de Montréal peuplées d'immigrants de tous les horizons, un lieu d'espoir qui lui permettra un jour de dire : « Je suis devenue d'ici. »

Nous autres, les autres, par Régine Robin, Éditions du Boréal, coll. « Liberté grande », 352 p., 27,95 $.

 

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