Est-il indispensable d'être cultivé ? Au fait, qu'est-ce que la « culture générale » ? Pourquoi lui accorde-t-on une si grande importance ? Et à qui appartient le privilège de définir ce qui devrait avoir été lu, compris et assimilé par tout bon citoyen ?
Voilà quelques-unes des questions sur lesquelles s'attarde le philosophe « anarcho-syndicaliste » - selon ses propres mots - Normand Baillargeon, professeur à l'Université du Québec à Montréal (UQAM), dans un essai audacieux et pertinent à souhait, paru dans la toute nouvelle collection « Antidote », de Flammarion.
L'essayiste, on l'aura compris, fait partie de ceux pour qui la culture et l'éducation nous rendent meilleurs. Son livre répond avec éloquence à ceux qui refusent ce postulat. À ceux, par exemple, qui objectent que le désastre actuel (guerres, pauvreté, saccage de l'environnement) a été engendré par des générations d'humains instruits... Pour Baillargeon, « la culture, le savoir, l'éducation peuvent donner des idées de liberté et de changement, et le courage de lutter pour elles ». Ce sont les seules armes à opposer au désastre.
L'auteur refuse de proposer une liste de ce qu'il faut savoir pour posséder une bonne culture générale. Et ce n'est pas faute d'espace, précise-t-il, s'il ne succombe pas à ce piège. Il fournit tout de même sa définition de la culture générale. Il s'agit, écrit-il, « d'un ensemble commun de repères qui s'acquièrent en allant au musée, au concert, en lisant et, surtout peut-être, en faisant sa scolarité de base ».
Baillargeon propose néanmoins quelques pistes pour guider celui qui aspire à une plus grande culture générale. Il insiste particulièrement sur la nécessité de posséder des connaissances scientifiques ou, du moins, de connaître les principes et méthodes de la science. Il plaide bien sûr pour la littérature et les arts, « qui peuvent fortement contribuer, par la culture de l'imagination, à l'extension de la sympathie et à briser ces barrières qui interdisent de voir l'Autre comme un être humain ».
Surtout, rappelle-t-il, il faut du temps. « Notre époque est pressée, mais la culture demande du temps. » Il dénonce les médias, qui demeurent souvent des obstacles à l'acquisition d'une solide culture générale, et la tentation du raccourci, souvent nourrie par Internet.
La culture générale, affirme Normand Baillargeon, a plusieurs vertus. Elle permet d'élargir ses perspectives, de s'arracher à l'« ici et maintenant », d'avoir de l'humilité et de la perspective critique. Bref, elle permet de faire des choix. Occupation double ou Occupy Wall Street ?
Liliane est au lycée : Est-il indispensable d'être cultivé ?, par Normand Baillargeon, Flammarion, coll. « Antidote », 112 p., 14,95 $.






