À 66 ans, Robert Charlebois est loin de songer à la retraite. Après avoir été chanteur communiste, socialiste et même... capitaliste, il se décrit aujourd’hui comme un chanteur érotique ! Entretien sans faux-fuyants.

En 49 années de carrière, Robert Charlebois a été chansonnier, rockeur psychédélique, figure emblématique de la chanson, « gars ben ordinaire », chanteur de charme, disciple de Léo Ferré, ami de Frank Zappa, romancier, acteur de cinéma, brasseur, homme d'affaires, et il a figuré sur un timbre de Postes Canada. Entre autres.
À VOIR AUSSI SUR L'ACTUALITÉ.COM:
Robert Charlebois en 25 questions... et en 25 faits >>
Il a mené une vie éclatée, remplie de détours qui l'ont toujours ramené à la musique. À 66 ans, il n'a pas l'intention de cesser ses activités de sitôt. Avec ses trois musiciens, il poursuit la tournée de son spectacle Avec tambour ni trompette, qui pige parmi les nombreux succès qui ont jalonné sa carrière.
L'artiste se décrit d'abord comme un homme de scène. « Les disques, ce sont des photos figées dans le temps. Ces chansons-là, je les joue mille fois mieux sur scène. » Cela ne l'a pas empêché de sortir, fin 2010, son 32e album. Sur Tout est bien, Robert Charlebois parle presque exclusivement d'amour. « Ce n'était pas prémédité du tout », se défend-il.
L'actualité l'a rencontré chez lui, à Montréal.
* * *
Pourquoi parler d'amour ? N'avez-vous plus envie de provoquer, de faire réfléchir ?
Robert Charlebois : Pour le moment, il n'y a que les relations amoureuses qui me passionnent. J'ai envie de parler d'émotions, de mes états d'âme. En tant qu'artiste, je n'ai d'autre choix que d'écouter cette voix intérieure. L'an prochain, ce sera peut-être autre chose.
Les gens qui ont aimé ce que je faisais avant, les nostalgiques, ça les dérange que je change. Mais on ne peut pas ramener artificiellement quelque chose qui est terminé. Picasso, par exemple, a eu sa période cubiste. Plus tard, au lieu de faire semblant d'y revenir, il a peint Guernica, et à la fin de sa vie, il faisait des assiettes et des céramiques. Et c'est toujours beau !
Alors, à 30 ans, j'étais un chanteur communiste ; à 40 ans, j'étais un chanteur socialiste ; à 50 ans, j'étais un chanteur capitaliste ; et à 60 ans, je suis un chanteur érotique !
Verra-t-on le « chanteur érotique » sur scène ? Est-ce que les nouvelles chansons dominent le spectacle dont vous achevez la tournée ?
Je ne peux pas présenter beaucoup de nouvelles chansons en spectacle, parce qu'il manque les cordes. Ce ne sont pas des pièces qui se font avec trois ukulélés ! Même au piano, il n'y aurait pas l'émotion que les violons peuvent faire ressentir. Alors je fais trois ou quatre nouvelles chansons au milieu de plus anciennes. Mais c'est quand même beaucoup, trois ou quatre ! Quand Michel Sardou ou Johnny Hallyday font deux nouvelles pièces, on en parle dans le journal. Barbara en faisait seulement une et elle se retrouvait à la une du Figaro.
Dans votre répertoire plus ancien, y a-t-il des chansons que vous êtes las de faire ?
Ça arrive. Il suffit de les jouer différemment. « Ordinaire », par exemple, je la fais à la guitare depuis quelques années et elle devient autre chose. Tant mieux, parce que c'est une chanson que je vais être obligé de jouer jusqu'à la fin de mes jours.
Obligé ?
Rien ne m'y oblige. Comme je ne suis pas obligé de faire des rimes dans mes chansons. Mais je le fais par politesse. Pour rendre les chansons plus faciles à retenir. Et je suis obligé de jouer certaines chansons par politesse pour ceux qui en ont fait des classiques. Quand les gens te font le cadeau d'aimer des chansons pendant 30 ou 40 ans, ils veulent les entendre en spectacle. Quand j'allais voir Sinatra, je voulais « My Way ». Quand je vais voir Aznavour, je veux absolument « Sa jeunesse ». « Je veux de l'amour », je peux la faire quand l'envie me prend, mais « Je reviendrai à Montréal », c'est obligatoire.





