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Scène brûlante


30 Décembre 2009

Les Palestiniens risquent un jour de se retrouver dans l’équivalent des réserves amérindiennes du Québec, dit le dramaturge Philippe Ducros, qui a pris position. Son théâtre engagé est pourtant porteur d’espoir.

L'humanité, c'est bien connu, est divisée en deux : il y a ceux qui ont des meubles et ceux qui ont des valises. Le dramaturge québécois Philippe Ducros a choisi son camp. Un indice : la compagnie de théâtre qu'il dirige s'appelle Hôtel-Motel. Ce n'est pas une figure de style. C'est « la route », dit-il, qui a formé son regard. En Amérique latine, en Europe, en Afrique, il rédige carnets de voyage et pièces de théâtre.

Un jour, Ducros décroche une bourse qui lui permet de traîner ses savates au Proche-Orient. La Palestine lui inspirera une pièce qui jette un regard cru sur le conflit qui oppose les habitants des territoires occupés aux Israéliens : L'affiche (à l'Espace Libre du 1er au 19 décembre), qui a déjà été présentée à Paris. C'est l'histoire d'un imprimeur palestinien qui en a un peu assez de produire des affiches chantant les louanges des « martyrs », de ceux qui meurent « pour la cause ». Un jour, on lui passe une commande un peu différente : en imprimer une de son fils, tué par un soldat israélien. C'est l'affiche de trop. Ce « faire-part », ce meurtre soudain si public, transformera la famille de la victime et celle du tueur.

Il ne faudrait pas croire, toutefois, que Ducros renvoie les deux parties dos à dos. Là aussi, l'auteur a choisi son camp. C'est celui de la dénonciation de l'occupation. Mais ses convictions ne l'empêchent pas de voir les nuances du conflit, chacun des acteurs interprétant deux personnages (l'un palestinien, l'autre israélien).

Ducros a aussi signé deux autres pièces : 2025, l'année du Serpent, qui lui a valu la Prime à la création du Fonds Gratien Gélinas, et La rupture du jeûne.

Vous dites vouloir faire sortir le spectateur de sa cuisine. Pourquoi ?

- Le Québec a longtemps éprouvé le besoin de clarifier son identité. Nous avions une culture un peu insulaire. Notre théâtre était cantonné dans une réflexion identitaire. Depuis Robert Lepage et la mondialisation, nous nous ouvrons sur le monde. Je suis de ceux qui croient que le local rejoint l'international. 

Pourquoi les acteurs jouent-ils sans accent québécois ?

- J'invite les gens à aller voir un peu ce qui se passe de l'autre côté de leur téléviseur. L'accent québécois briserait inévitablement le voyage proposé. Je crois que l'identification aux personnages se fera mieux ainsi. 

Qu'est-ce qui vous fascine en Palestine ?

- On y trouve un condensé de tous les grands enjeux internationaux : le colonialisme, la bataille pour les matières premières (à commencer par l'eau), les relations Occident-Orient, l'opposition religion-laïcité, l'endoctrinement à des fins militaires... 

Vous voyez un parallèle avec le Québec ?

- Les Québécois sont sensibles à la cause pales­tinienne. Mais nous ne sommes pas - nous ne sommes plus - dans une situation d'occupation. Les Palestiniens risquent de se retrouver un jour dans ce qui serait l'équivalent de nos réserves amérindiennes, des endroits où sévissent le racisme, le mépris et la négation de la culture de l'autre. 

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