En décorant d’une fresque l’épicerie de son village, René Derouin fait de nouveau un pied de nez aux conventions. À 70 ans, le célèbre peintre-sculpteur réaffirme son attachement à la nature et au territoire.

Un géant. Il fallait un géant comme René Derouin pour se lancer dans une œuvre aussi monumentale, une fresque de 160 m de long sur 1,20 m de haut - 70 panneaux de bois gravés et peints, assemblés bout à bout en un tableau ininterrompu.
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Création au souffle généreux, Autour de mon jardin a été conçue pour être accrochée en plein air aux murs du Metro Dufresne, à Val-David, telle une couronne autour de l'épicerie du village. Elle raconte une histoire simple et forte, la vie. Elle grouille d'insectes, de poissons, d'oiseaux, de mammifères, de feuilles, d'herbes : grands et petits habitants de la forêt, plantes tout droit sorties de la Flore laurentienne, de Marie-Victorin, fruits et légumes d'ici et d'ailleurs.
Le dessin, d'un trait presque continu, est à la fois appuyé et dansant, libéré de la perspective et des proportions. « J'ai hâte de voir les yeux des enfants qui y découvriront des choses ou des bêtes que je n'ai peut-être même pas imaginées », dit René Derouin. Je l'ai longuement rencontré cet hiver dans son atelier. Il mettait la dernière main à l'œuvre murale, après une année de recherches et d'esquisses et... plus de sept mois pour la concrétiser, à plein temps et avec l'aide de trois assistants pour la gravure des panneaux, le dessin et la mise en couleur.
« Cette entreprise me nourrit », dit Jacques Dufresne, propriétaire de l'épicerie devenue œuvre d'art. Né à Val-David, fils et petit-fils de marchands généraux de l'endroit, il ne voulait pas que son commerce, en plein cœur de la petite agglomération, ferme ses portes. « Je veux habiter un village vivant, pas une cité-dortoir dont le centre patrimonial n'attire plus que des touristes et des photographes. »
René Derouin non plus, qui vit à Val-David depuis 35 ans. Et qui, en installant sa fresque sur un bâtiment comme l'épicerie, s'engage dans son milieu, s'y enracine un peu plus, lutte à sa façon « contre les grandes surfaces et la mondialisation qui étouffent les petites localités ». Pour Éric Devlin, marchand d'art et propriétaire de la galerie qui porte son nom, mais qui ne représente pas le créateur, « Derouin est l'exemple parfait de l'artiste engagé, pas parce qu'il crie fort, mais parce qu'il agit beaucoup ». (Le propriétaire de l'épicerie a payé les matériaux et le travail des assistants, et le peintre a créé Autour de mon jardin sans en tirer un sou.)
À 74 ans, l'homme est solide comme le roc du précambrien. Et l'artiste, en pleine possession de ses moyens. Il a dans la tête et dans la main plus d'un demi-siècle de pratique du dessin, de la gravure, de la peinture et de la sculpture. En tout, des milliers d'œuvres, parfois gigantesques, comme la fresque Paraíso : La dualité du baroque (1998-1999, 2,40 m sur 32 m), du Musée de la civilisation, à Québec. Des œuvres qu'on trouve dans de nombreux musées et collections en Amérique du Nord et en Europe.






