
Depuis qu'il a publié pour la première fois son Guide du vin, en 1981, Michel Phaneuf a goûté 55 000 vins ! Cette première édition en recensait 500. La 30e en comptera plus de 2 000. « J'aurais pu en mettre le double », dit-il pour souligner l'extraordinaire diversité des produits aujourd'hui offerts. Michel Phaneuf définit son ouvrage annuel comme « un acteur et un témoin de l'évolution des goûts des Québécois ». On le croit : le tirage cumulé du Guide dépasse les 900 000 exemplaires. L'actualité l'a rencontré chez lui, alors qu'il rédigeait ses derniers textes pour le Guide du vin 2011, bientôt en librairie.
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Comment devenait-on critique de vin il y a 30 ans ?
- J'ai commencé à m'intéresser au vin par hasard, après mon cours de journalisme. C'est rapidement devenu une passion. J'ai dévoré, de façon compulsive, tout ce qu'il y avait à lire. Le produit, la géographie, les cartes, la provenance des crus, le goût du vin, tout me fascinait.
Je partais de zéro et, comme je devais gagner ma vie, je me suis improvisé connaisseur. J'ai écrit des articles, donné des cours. Mon expertise valait ce qu'elle valait, mais c'était l'époque des balbutiements de la connaissance des vins au Québec. Je faisais les choses sérieusement. Je suis allé rencontrer des producteurs en France, notamment Jean-Claude Berrouet, l'œnologue qui faisait le Château Pétrus, un grand bordeaux qui n'était pas encore devenu un vin emblématique. Il m'a appris ce qu'est un bon vin : équilibré, fin, subtil.
Pour élargir mon champ d'activité, j'ai pensé à un guide qui parlerait des vins vendus ici, aux prix d'ici, pour les gens d'ici. J'avais 27 ans quand il est sorti. Depuis, il a paru tous les ans.
On partait alors de loin !
- De très loin. Dans les années 1940 ou 1950, boire du vin faisait efféminé. On buvait du scotch, du rye, du gros gin, pas du vin. Les choses ont changé avec l'Expo 67. Ce fut une révélation. La Régie des alcools du Québec, qui deviendra la Société des alcools (SAQ) en 1971, a commencé à élargir sa gamme de produits. La première Maison des vins a ouvert à Québec en 1973, une autre deux ans après à Montréal. On avait accès à des vins dont on connaissait l'existence. Quelque chose était latent : les gens ont goûté les vins, ils ont aimé, ils en ont voulu davantage.
La SAQ a donc joué un rôle important dans l'évolution de notre rapport au vin...
- [Hésitation] Aujourd'hui, elle fait bien son travail. Elle est consciente de la richesse du marché et de la demande. Le vin fait partie de nos habitudes. Ici, il n'y a pas un restaurant, le soir, où l'on voit une table sans une bouteille de vin ; en Ontario et aux États-Unis, oui. Mais dans les années 1970-1980, la SAQ ne bougeait pas vite. Nous étions nombreux à demander haut et fort pourquoi elle n'offrait pas tel ou tel vin. C'est fini aujourd'hui.





