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Un melting-pot nommé Lhasa


1 Janvier 1998

Le public québécois a fait d'elle la découverte de l'année! «C'est ici que j'ai connu ce qui s'approche le plus du sentiment d'avoir un pays.»

Portrait de Lhasa de Sela
Photo : Ryan Morey

Cette fille est un melting-pot. Son père est mexicain, sa mère américaine. Elle a des gènes russes et polonais, du sang arabe et juif. Et elle a reçu comme prénom le nom de la capitale du Tibet! «Je sais que j'ai un accent bizarre en français. Mais, quand je parle anglais ou espagnol, j'ai aussi un accent. En fait, j'ai un accent dans toutes les langues!»

À 25 ans, Lhasa de Sela a de moins en moins besoin d'être présentée. Le phénomène qu'elle incarne résume le Québec des temps modernes: elle chante en espagnol, ce qui ne l'a pas empêchée de devenir la découverte de l'année de la chanson québécoise. À Noël, elle aura vendu 50 000 exemplaires de son premier disque, et l'ADISQ vient de lui remettre un Félix («musique du monde»).

L'aventure a commencé par une froide journée de mars 1991, quand cette drôle de petite bonne femme a collé son minois de poupée de chiffon au hublot de l'avion et a aperçu Montréal, en bas. Elle arrivait de Santa Fe, au Nouveau-Mexique. Elle aurait très bien pu venir de San Francisco ou de Mexico. Car Lhasa de Sela vient... d'un peu partout.

Elle est née à Big Mountain, dans l'État de New York, au sein d'une famille hippie, et elle a vécu une partie de son enfance comme une romanichelle, à bord d'autobus et de caravanes, à sillonner l'Amérique du Nord. Sa mère, une comédienne devenue photographe, faisait la classe, et, comme la famille n'avait pas de télé, les livres et la musique tenaient une place de choix. Déjà, à 13 ans, Lhasa interprétait a cappella des chansons de Billie Holiday, de Maria Callas et de Tom Waits dans un café grec de San Francisco.

Elle avait 18 ans et étudiait la culture de la Grèce antique au St. John's College de Santa Fe quand elle en a eu assez. Elle s'est acheté un billet d'avion pour Montréal, où trois de ses soeurs étudiaient à l'École nationale de cirque. Il faisait froid, et les quatre filles, fauchées, vivaient entassées dans un quatre et demi du Plateau-Mont-Royal. Mais ce fut, pour Lhasa, le coup de foudre. «J'ai trouvé les gens très beaux; c'est une des premières choses qui m'a frappée. Et une espèce d'ouverture sur les visages. Une lumière et une jeunesse, même chez les plus âgés.»

Elle a eu envie de rester. Et de chanter. D'abord dans les bars et les cafés du Plateau, où elle interprétait tantôt ses propres compositions, tantôt des chansons mexicaines, russes, tsiganes, françaises, aussi diverses que ses appartenances, aussi hybrides que son accent. Cette année, elle a enregistré son premier disque - La Llorona -, en partie dans la cuisine de son appartement de la rue Clark, à Montréal.

En entrevue, ses silences donnent du poids à ses mots. Avant de répondre à une question, elle serre les lèvres et fronce les sourcils, tandis que ses petits yeux noirs, très maquillés, semblent chercher quelque chose.

À 25 ans, son objectif est d'atteindre la sagesse. N'est-ce pas un idéal assez rare quand on a cet âge? «Je ne sais pas [silence]... C'est peut-être aussi rare quand on est vieux!» Et elle rit. De ce même rire contagieux qui éclate sur la scène dans ses monologues entre ses chansons...

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Commentaires (1)

"Le phénomène qu'elle incarne

"Le phénomène qu'elle incarne résume le Québec des temps modernes"(Luc Chartrand)

À tous prix montréaliser tout le Québec en un melting pot multiculturel dans le seul désir de faire de cette jeune chanteuse Américaine une Québécoise.

Même sur wikipedia francophone on évite de mentionner où elle est née. Une chance qu'il y a wiki en anglais, comme ça on sait qu,elle est née et élevée aux USA.

À vous entendre, Céline Dion est maintenant une Américaine.

Le Québec déjà un melting pot. Suffit de pas sortir de Montréal pour s'en donner l'illusion ! Se refermer sur soi, quoi.

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