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Un sauvage à Paris


1 Mai 1999

À 61 ans, Jacques Poulin, un des auteurs les plus célèbres du Québec, habite une loge de concierge à Paris, où il écrit, lentement, ses romans. Rencontre avec un homme d'harmonie.

Sur sa table de travail trône une caisse en plastique rouge «piquée» - c'est lui qui le dit - dans une épicerie parisienne. C'est sur ce cube, qui sert normalement à transporter des bouteilles de vin, que Jacques Poulin noircit ses cahiers. Car ses maux de dos l'empêchent de s'asseoir, et il écrit debout. Avant de quitter le Québec pour s'installer en France, en 1986, il écrivait plutôt sur une boîte à pain. «C'est bien comme ça qu'on dit au Québec, une «boîte à pain»?» s'interroge-t-il, soudain hésitant.

Poulin est l'auteur de neuf romans dont les héros, qu'ils soient écrivain, traducteur ou bibliothécaire, sont tout aussi pointilleux sur les mots. Ses livres racontent des histoires simples, parfois même simplettes, mais abordent des sujets complexes: l'agressivité et la tendresse, la virilité et la féminité, les États-Unis et la France. Depuis quelques années, ses récits sont publiés au Québec et en France dans une coédition Leméac/ Actes Sud. Mais ne comptez pas sur lui pour participer à la «vie littéraire» franco-québécoise. Il trouve «indécentes» les lectures publiques et redoute la foule, même les petits groupes.

Rien de tout cela n'empêche les commentateurs québécois d'être emballés par son oeuvre. Réginald Martel, critique littéraire à La Presse, a même déjà estimé, après la parution du Vieux Chagrin, en 1989, que Poulin écrivait «chaque fois, un chef-d'oeuvre». Son livre le plus célèbre, Volkswagen blues (Québec Amérique), pour lequel Poulin a sillonné l'Amérique du Nord dans une camionnette à la fin des années 70, a mérité le prix Québec/Belgique, accompagné d'une bourse qui lui a permis de traverser l'Atlantique. C'est à l'occasion de ce voyage en Europe qu'il a rencontré une Parisienne qui lui est, dit-il, «tombée dans l'oeil». Et qu'il est resté.

Poulin, qui accorde peu d'entrevues, avait d'abord refusé de me donner un rendez-vous. Au téléphone, il avait dit qu'il préférait ne pas me voir parce qu'il ne voulait pas «sortir» du roman qu'il était en train d'écrire. Ni le titre ni le sujet n'avaient encore été fixés, disait-il.

Déçu, j'avais insisté: ne serait-il pas possible de nous rencontrer, même brièvement, dans les mois qui venaient? «Ce n'est pas ça, m'avait-il alors expliqué. Si je vous donne un rendez-vous dans quatre mois, ça va m'inquiéter pendant quatre mois. La seule possibilité que je verrais, ce serait que vous passiez à l'improviste.» Et c'est ainsi qu'un beau jour, j'ai frappé à sa porte.

À 61 ans, il donne l'impression d'être en forme, malgré sa maigreur. Il habite ce que les Parisiens appellent une «loge de concierge», un petit studio au rez-de-chaussée d'un immeuble ancien. Dans son 12e arrondissement, paisible quartier en bordure du bois de Vincennes, il vit comme «une espèce de sauvage», dit-il. Comme «un ours», a-t-il déjà écrit dans un autoportrait pour la revue Lettres québécoises.

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