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Vers le sud, pour perdre le nord


15 Septembre 2006

Que vont chercher ces femmes blanches en Haïti? Le vertige sexuel, dit Dany Laferrière. Louise Dupré, elle, scrute les relations entre les mères et les filles.

Est-ce un recueil de nouvelles ou un roman? Chacune des sections du livre pourrait être extraite de l'ensemble et proposée au lecteur comme un récit indépendant. Par contre, l'ouvrage est présenté comme un roman, et plusieurs personnages, par exemple la directrice d'un lycée huppé de Port-au-Prince, Mme Saint-Pierre, ainsi que le redoutable Fanfan, transitent d'un récit à l'autre sans qu'on en soit étonné. La thématique, d'un bout à l'autre du livre, reste constante. Cela s'appelle le sexe.

Non pas l'amour, en effet, comme on en parle depuis quelques siècles dans le roman occidental, mais le sexe lui-même, en tant que tel, dans toute sa pureté, oserait-on dire. La scène inaugurale du roman est, à cet égard, parfaitement explicite. Fanfan, 17 ans, fils d'une couturière, attend une cliente, MmeSaint-Pierre, dont il sait qu'elle arrivera en l'absence de sa mère. "Je suis, dit-il, comme une araignée tapie au fond de sa toile à attendre sa proie." On comprend aussitôt que, malgré la distance sociale et celle de l'âge, la dame succombera sans coup férir.

Vraisemblable, invraisemblable? Peu importe. Fanfan l'emporte parce qu'il est noir, et Mme Saint-Pierre est vaincue parce qu'elle est blanche. D'autres femmes arriveront dans l'île, venues de New York, de Londres, de Montréal, qui subiront le même sort, avec des variantes. Elles viennent en Haïti pour assouvir leurs désirs, mais en réalité, c'est une guerre qui les attend, la revanche des esclaves contre les maîtres - les maîtresses, plutôt - du monde. À cette interprétation s'en ajoute une autre, plus favorable. La vengeance, selon le roman, serait mêlée d'une sorte de don: les séducteurs offrent à ces femmes trop blanches une expérience sexuelle qui est une prise de contact avec la nature, dont elles auraient le plus grand besoin. Pour l'auteur de Vers le sud, le sexe, c'est la nature; et la nature, c'est le sexe. L'équation est un peu simple, mais il est assez évident qu'en allant "vers le sud", vers des exercices de plus en plus épuisants, les femmes du livre de Dany Laferrière perdent le nord, si je puis m'exprimer ainsi. Le nord, c'est-à-dire le bon maintien, la répression sexuelle. On ne donne pas volontiers à ces femmes le beau visage souriant de Charlotte Rampling, qui orne la couverture.

En vertu de la logique qui gouverne le récit, ce sont les personnages haïtiens qui, dans ces aventures, jouent le rôle essentiel. Hommes ou femmes, ils sont les plus complexes, les plus vrais, les plus troublants. Les femmes blanches, par contre, sont des faire-valoir plutôt que de vrais personnages, et on les oublie facilement. Mais l'ensemble a une qualité de facture que l'on ne trouvait pas toujours dans les livres précédents de Dany Laferrière.

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