5 mythes déboulonnés sur les vins québécois
Les Québécois lèvent encore le nez sur les vins produits chez eux. Avec raison ? Tour d’horizon des préjugés tenaces envers la vigne.
Philippe Lépine
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1. Moins bons que les autres ?
Même si les moyens financiers de la majorité des entreprises demeurent modestes, le savoir-faire des vignerons et l’élaboration de techniques plus raffinées sont porteurs de promesses.
Les vins québécois, en plus de surprendre lors de dégustations à l’aveugle, ont reçu de nombreuses distinctions ces dernières années à l’occasion de concours internationaux. Par exemple, le vin de glace de l’Orpailleur (produit à Dunham, dans les Cantons-de-l’Est) a remporté la médaille d’or au Concours mondial de Bruxelles, en 2009, tandis que le vin blanc Seyval, du Domaine Lavoie, en Mauricie, a aussi gagné cette année une médaille d’or au Finger Lakes International Wine Competition, à Dorchester.
En 2009, l’Association des vignerons du Québec (AVQ), qui compte 62 producteurs membres depuis sa création, en 1987, a créé une certification – non obligatoire – dans le but de contrôler la qualité des vins. Pour recevoir la mention « Vin du Québec certifié », chaque produit doit obtenir une note supérieure à 70 %, une appréciation décernée par des comités formés de professionnels du vin. Ceux-ci évaluent s’il est possible de déterminer la provenance des raisins utilisés, si le vignoble est salubre et si le produit est de bonne qualité, tout en s’assurant que les vignerons respectent une méthodologie propre à la viticulture québécoise. Par exemple, ils vérifient que les producteurs ne congèlent pas artificiellement les raisins lorsqu’ils conçoivent des vins de glace. Pas de trichage !
Par ailleurs, les producteurs membres de l’AVQ n’hésitent pas à s’entraider. Ils font partager leurs connaissances et leurs recettes gagnantes tout en conseillant les nouveaux viticulteurs, afin que ceux-ci ne répètent pas les erreurs qu’ils ont eux-mêmes commises à la naissance de l’industrie vinicole du Québec. « Grâce à ces conseils, certains produisent d’excellents vins dès leurs premières récoltes », soutient Charles-Henri de Coussergues, président de l’AVQ et propriétaire de l’Orpailleur.
Le Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel et le Centre de développement bioalimentaire du Québec se concentrent eux aussi sur la qualité des produits en collaboration avec l’État et les vignerons du Québec. Ayant déjà découvert les taux de sucre et d’acidité propres aux cépages de la province, ils étudient maintenant les stades de mûrissement, la qualité de la maturité œnologique et la kyrielle de saveurs que peuvent offrir les vignes québécoises.
2. Un climat trop hostile ?
Les contraintes climatiques ont longtemps causé des maux de tête aux vignerons québécois. Depuis 30 ans, les viticulteurs ont toutefois acquis l’expertise nécessaire pour déjouer les étés trop humides, les hivers trop froids et les gels trop rapprochés. Résultat : ils peuvent maintenant offrir des produits de qualité comparable à ceux des grands vignobles européens.
Ironie du sort : le réchauffement des températures leur donne aussi un coup de pouce, dit Charlotte Reason, présidente de l’Association des vignerons indépendants du Québec (ADVVQ). Le temps chaud et sec permet aux raisins d’atteindre leur maturité complète et d’être moins amers. Les producteurs peuvent ainsi essayer de nouveaux cépages.
« La vigne québécoise n’a jamais joui de conditions aussi parfaites que cette année. On n’a pas vu ça en 10 ans ! La cuvée 2012 est très attendue », s’enthousiasme la présidente de l’ADVVQ.
3. Des produits introuvables ?
La Société des alcools du Québec (SAQ) propose près de 300 produits québécois dans ses étals. Néanmoins, comme les consommateurs se plaignaient de ne pas les trouver facilement en succursale, la société d’État a revu la visibilité des vins québécois il y a quelques années. « Ils ne sont plus au fond du magasin comme dans le temps. Désormais, ils sont stratégiquement placés sur le parcours qu’empruntent habituellement les clients, et des panonceaux indiquent leur emplacement », explique le porte-parole de la SAQ, Renaud Dugas.
Les Québécois ne produisent cependant pas assez de vins pour qu’une section leur soit réservée dans tous les points de vente de la SAQ. Certains produits ne sont sur le marché que quelques mois par année.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les vignerons québécois ne souhaitent pas à tout prix voir leurs produits sur les étagères de la SAQ. S’il s’agit pour eux d’un moyen d’acquérir une meilleure visibilité et de fidéliser leur clientèle, ils y vendent bien souvent leurs vins à perte. Ainsi, la plupart préfèrent de loin rencontrer les clients à leur vignoble (ou à l’occasion de foires agroalimentaires) afin de discuter des procédés de vinification utilisés pour confectionner leur pinard, par exemple. Voilà, en partie, pourquoi la SAQ ne dénombre que 65 fournisseurs québécois sur les 117 détenteurs de permis de production.
4. Des vins trafiqués ?
Les vignerons du Québec ont des rendements plus faibles, vu la plus courte saison de mûrissement du raisin. Conséquence ? Une rumeur circule, selon laquelle certains producteurs incorporeraient des vins étrangers à leurs produits afin de produire suffisamment de bouteilles pour approvisionner la SAQ. D’autres mauvaises langues prétendent qu’ils le font pour réduire le taux d’acidité de leurs vins.
Les présidents de l’AVQ et de l’ADVVQ assurent qu’il s’agit de légendes. « On a entendu des histoires de ce type dans le passé à la naissance de l’industrie, mais ça ne se fait plus », assure Charlotte Reason, de l’ADVVQ.
La Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ), qui s’occupe de l’application des lois et règlements sur les vins, autorise néanmoins les vignerons à concevoir leurs vins avec d’autres raisins que les leurs. Selon la directive, le producteur doit utiliser au moins 50 % de ses propres fruits, et il peut se procurer un maximum de 15 % de raisins, de jus ou de moûts en provenance de l’extérieur du Québec. Le reste peut être constitué de raisins achetés à un autre producteur de la province.
Tout le processus de vinification doit cependant se faire à même le vignoble, sans quoi le producteur risque de perdre son permis. « On a déjà reçu des plaintes à ce sujet, mais la plupart n’étaient finalement pas retenues après enquête », affirme Joyce Tremblay, porte-parole de la RACJ. Inutile d’essayer de faire des mélanges en douce : les scientifiques employés par la Régie sont capables de déceler le pourcentage de raisins québécois utilisés dans le vin.
5. Trop chers ?
Certains consommateurs se plaignent des prix élevés des vins québécois. Parfois à tort. Les bouteilles sont vendues en moyenne 16 $ à la Société des alcools du Québec et 14 $ dans les vignobles. Selon le dernier rapport annuel de la SAQ, les clients de la société d’État paient en moyenne 15,40 $ pour une bouteille de vin, toutes origines confondues.


