Le vin québécois s’invite à la messe

Ne devient pas vin de messe n’importe quel rouge ou blanc. Mais le Domaine des Côtes d’Ardoise, à Dunham, en produit trois qui ont reçu la bénédiction du clergé. Les curés boiront désormais «local»!

Marie-Laure Josselin

Photo : Marie-Laure Josselin

L’Estafette, rouge ou blanc, et le Douceur d’Ardoise accompagnent aussi bien une entrée qu’un fromage… ou une hostie. Ces trois vins du Domaine des Côtes d’Ardoise, à Dunham, en Montérégie, sont les premiers au Québec à porter, depuis mai 2011, le titre officiel de «?vin de messe?».

Sous un grand chapiteau blanc, Linda Barabé, gérante de la boutique du vignoble – le plus vieux de la province -, offre différentes bouteilles en dégustation à une cinquantaine de retraités qui font la Route des vins?: «?L’Esta­fette rouge se sert bien en digestif. Il a été choisi comme vin de messe pour les églises du Québec.?» Des exclamations fusent. «?Je retourne à l’église. Je pense que je vais devenir prêtresse?», lance en riant une participante, Marie-Rose Bascaron, après avoir goûté le vin.

Publicité

Tout en arpentant le vignoble de 33 000 ceps où s’activent les vendangeurs, Linda Barabé raconte qu’elle ne s’attendait pas à vendre un jour du vin de messe et encore moins à voir des religieuses en robe grise traditionnelle s’accouder à son comptoir pour goûter ses vins aux arômes boisés-fruités, de vanille-caramel ou encore de litchi-ananas.

Il aura fallu un an de patientes recherches à Norman Lévesque, directeur du programme Église verte au Centre canadien d’œcuménisme, pour trouver un vignoble qui accepte d’inscrire les mots «?vin de messe?» sur ses bouteilles. Un véritable chemin de croix?! «?Cette mention est un peu gênante dans une société québécoise allergique à la religion?», dit-il.

Le programme Église verte vise l’adoption de meilleures pratiques environnementales. En remplaçant le vin actuellement importé de Californie par un vin québécois, on souhaite limiter les émissions de gaz dues au transport. «?Aux noces de Cana [où Jésus a transformé l'eau en vin, d'après un récit du Nouveau Testament], le Seigneur a produit un vin de qualité qui était local, pas importé?», explique Mgr François Lapierre, évêque du diocèse de Saint-Hyacinthe, qui a approuvé le vin après avoir eu l’assurance qu’il répondait bien aux critères de l’Église. Car n’est pas vin de messe n’importe quel rouge ou blanc. Celui-ci doit respecter le Code de droit canonique?: être naturel, sans sucre ou petits fruits ajoutés et avoir au moins 12 % d’alcool. Verdict de l’évêque?: un vin «?qui a quelque chose de spécial?», pres­que divin?!

Un bémol, toutefois?: le vin local coûte de cinq à huit dollars de plus la bouteille de 750 ml (500 ml pour le Douceur d’Ardoise) que le californien. Mgr Lapierre le concède, son évêché ne s’est pas encore converti, en raison du prix et parce qu’il reste encore des bouteilles importées de Californie. «?Nul n’est prophète en son pays?», dit-il.

Tout en admirant la vue époustouflante que l’on a du domaine, Linda Barabé explique que «?le vin destiné aux églises constitue un marché plein de potentiel?». Il y a, au Québec, 1 400 églises catholiques qui achètent 12 bouteilles par année chacune. «?Nous n’aurons pas d’autre choix que d’augmenter notre production?», dit-elle, en précisant que les livraisons ont commencé et que des prêtres de l’Ontario, de l’Alberta et même de New York ont déjà communiqué avec elle.

Pour Mgr Lapierre, la principale priorité de l’Église n’est pas la protection de l’environnement, mais il faut éviter de polluer davantage et consommer localement. Ce vin pourrait aussi – pourquoi pas?? – «?accroître la dévotion?», dit-il en souriant, même si seuls les prêtres et les nouveaux mariés ont le droit de tremper leurs lèvres dans le calice.

En plus de célébrer l’eucharistie avec du vin du Domaine des Côtes d’Ardoise, les prêtres pour­raient bientôt le faire avec… des hosties de farine biologique faites par les Clarisses de Salaberry-de-Valleyfield. Le corps du Christ sera donc biologique.

Publicité

***

Pour Linda Barabé, gérante de la boutique du vignoble, le vin destiné aux églises constitue un marché plein de potentiel?: au Québec, il y a 1 400 églises qui achètent 12 bouteilles par année chacune. Faites le calcul?!


(Photo : Marie-Laure Josselin)

Impossible d'ajouter des commentaires.