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VLB dans ses grandes largeurs


1 Février 2007

Trente ans pour lire James Joyce, de Gens de Dublin à Finnegans Wake, est-ce suffisant?

C'est signé Victor-Lévy Beaulieu, ça s'intitule James Joyce, l'Irlande, le Québec, les mots, et c'est sous-titré Essai hilare. "Hilare"? L'hilarité, sauf l'involontaire à laquelle n'échappent pas toujours les livres de l'écrivain de Trois-Pistoles, ne semble pas définir l'énorme ouvrage d'un millier de pages qu'il vient de publier. Je suis allé consulter ma bible habituelle, Le petit Robert, et ma perplexité m'a mené jusqu'au Trésor de la langue française, dans Internet. Nulle part je n'ai trouvé une définition qui convienne au propos de l'auteur, ici plus que jamais habité par les fonctions solennelles de l'écriture et les grandes obligations de l'écrivain. En désespoir de cause, je me suis dit - hypothèse on ne peut plus fragile - que par cet adjectif Victor-Lévy Beaulieu entendait signifier sa volonté d'"envoyer coucher" la langue française, comme son maître et modèle James Joyce l'avait fait pour l'anglaise. La lecture des deux premières phrases de son opus pourrait confirmer cette hypothèse: "Il est reveneure. Sur lallouinde gyrent et vriblent les slictueux toves." Non, ce n'est pas du Joyce, seulement du Lewis Carroll, mais ne vous inquiétez pas, ça viendra. Hilarant? Un des commentateurs les plus accessibles du Finnegans Wake de Joyce, Anthony Burgess, nous informe qu'on ne peut lire ce roman sans éclater de rire à chaque page. Je n'ai pas ri en essayant de lire Finnegans Wake, ni en anglais ni en français (je tiens que c'est impossible à traduire). Je ne l'ai pas fait non plus en passant de longues heures dans le livre de VLB.

Pour ne pas nous égarer tout à fait dans cet immense ouvrage de plus de 1 000 pages, accrochons-nous aux mots du titre. Je commence, avec l'auteur, par le Québec. La famille est réunie à Trois-Pistoles (cela vous dit quelque chose?) pour assister aux funérailles du père, et ça se passe plutôt mal: deux des fils se conduisent comme des voyous, et après la cérémonie la mère du narrateur se réfugie chez lui et refuse d'en partir. À cette mère redoutable, le Pistolois préfère sans doute ses sept chiens (pourquoi ne puis-je m'empêcher de penser à Blanche-Neige et aux sept nains?) et, surtout, son gentil mouton noir qui le suit partout. C'est le moment ou jamais pour Victor-Lévy Beaulieu de faire le procès d'un Québec à la fois aimé et détesté, victime d'une histoire déplorable, en particulier la religieuse. À la lecture du titre, on avait pensé que l'auteur ferait du Québec une nouvelle Irlande, à cause de la domination anglaise et de la puissance du clergé, mais non, la comparaison tourne court et le Québec quitte bientôt le paysage romanesque pour céder presque toute la place à une Irlande plus ou moins mythique dans laquelle l'auteur prend un plaisir presque sadique à nous égarer.

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