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Voyageurs sans bagages


1 Mars 2002

Louis Hamelin nous emmène en Colombie-Britannique, Guillaume Vigneault en Louisiane. Que cherchent leurs personnages?

Pourquoi ne pas le dire tout de suite, imprudemment, sous le choc de la première lecture? Le roman de Louis Hamelin, Le joueur de flûte, est un livre étonnant, formidablement intelligent, drôle, émouvant, un des meilleurs qui aient paru au Québec ces dernières années.

Ça se traverse au pas de course, comme c'est écrit. Et l'on s'en étonne un peu, si l'on se souvient des romans précédents de Louis Hamelin, qui n'avaient pas toujours cette agilité. Il faut parler d'un virage majeur. Louis Hamelin devient l'écrivain considérable qu'on le soupçonnait d'être. Voici que sort des limbes, ou plutôt d'une forêt verbale autrefois livrée à une prolifération difficilement contrôlée, un récit vif, séduisant, marqué par une ironie moins destructrice que douloureuse et qui affecte d'un coefficient de doute les grandes croisades, notamment l'écologique, évoquées dans le roman. Les passions élémentaires et le goût de jouer, dans Le joueur de flûte, l'emportent à tous coups sur les lourdeurs de la réalité.

Le narrateur, Ti-Luc Blouin, a eu pour parents une femme en vadrouille (qui deviendra plus tard fonctionnaire au Conseil des Arts du Canada) et un hippie de la grande époque, un Américain refusant d'aller se battre au Viêt Nam, qui s'étaient rencontrés à la mythique Maison du pêcheur, à Percé. Le père n'a pas tardé à disparaître, la mère est morte dans un accident et le père suppléant s'est fait tuer en posant une bombe pour le FLQ. Le fils, lui, n'est pas de la pâte dont on fait les héros. Il souffre d'une déficience (une vraie, physique) à l'épine dorsale, d'une autre à la fibre morale, partage son temps entre les bars et son travail de chargé de projet en environnement. "Je n'avais aucun avenir, dit-il, et je ne désirais rien d'autre."

Sauf retrouver son père, le hippie plus grand que nature. Le voilà donc parti pour l'île de Mere, au large de Vancouver, qui se trouve être le théâtre d'une grande bataille entre environnementalistes et compagnies forestières. Là, ça devient vraiment compliqué. À Vancouver, où il fait escale, puis dans l'île, Ti-Luc Blouin rencontre des personnages plus colorés, plus délirants les uns que les autres, engagés dans les luttes les plus diverses, contre les coupes de bois mais aussi contre la mondialisation, les lois antidrogues et j'en oublie. En somme, des années 60 à la fin du siècle, le roman parcourt le spectre entier des causes embrassées puis plus ou moins délaissées par un mouvement hippie qui ne cesse de se survivre à lui-même.

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