Des trucs pour voyager moins cher

À défaut d’emporter votre maison dans vos bagages, vous pouvez en louer une à l’étranger. Cottage, fermette, manoir, appartement: Internet offre une multitude de choix aux touristes.

Par Marie-Éve Cousineau

Durant quatre semaines, Paulyne Vaillancourt et Jean-Pierre Champoux ont vécu comme des Européens. Début septembre, ils achetaient leur baguette quotidienne chez le boulanger, à deux pas de leur appartement, sur la Côte d’Azur. La semaine suivante, ils faisaient leur marché à Rome, habitant une maison de campagne des environs. Et ils ont terminé leur séjour en Toscane, buvant le vin produit par le vignoble du domaine où ils habitaient. Ces deux retraités québécois ne possèdent pourtant pas de résidences aux quatre coins du monde: ils les louent!

Les vacanciers québécois sont de plus en plus nombreux à délaisser les chambres d’hôtel pour des villas, des studios, des chalets de ski et, pourquoi pas, des châteaux. Les offres de location en Allemagne, en Grande-Bretagne, en France et en Belgique pullulent dans Internet. Des dizaines de sites proposent des logements appartenant à des particuliers ou à des agences immobilières. On peut parfois même réserver en temps réel.

En marge des réseaux de tourisme officiels, la formule «location de vacances» est connue depuis longtemps des Européens. Abritel(www.abritel.com), qui propose près de 15 000 lieux d’hébergement, est né sur le Minitel — le précurseur d’Internet en France — il y a 15 ans. Chaque année, près de 100 000 séjours sont réservés grâce à ce site, traduit en 7 langues.

Le concept du «chez-soi à l’étranger» a tellement d’adeptes qu’il est recommandé de réserver plusieurs mois à l’avance. Par exemple, un appartement d’Abritel dans le 4e arrondissement, à Paris, affiche déjà «complet» en mai et juin 2003. Un autre site français, www.vacances.com, offre même le service Alerte vacances: on vous envoie un courriel dès qu’une nouvelle annonce, correspondant à la maison souhaitée, est mise en ligne.

Les voyageurs, bien sûr, font des économies. En effet, habiter un chalet en Bavière, un appartement du 18e siècle à Édimbourg, capitale de l’Écosse, ou une maison en Provence coûte, en moyenne, 615 dollars par semaine. Et combien pour une semaine en Espagne, à la Casa Copera, une maison située à flanc de montagne dans un village de la Costa del Sol, avec grand salon, cuisine entièrement équipée, deux chambres, deux salles de bains, deux terrasses, laveuse, téléviseur, etc.? De 560 à 750 dollars suivant la saison (www.justcasares.com). Pour un appartement dans un château, en France, il faut compter environ le double.

Au-delà de ses avantages sur le plan pécuniaire, ce type d’hébergement permet surtout aux touristes de vivre au rythme de la population locale tout en préservant leur confort. Au domaine Castellare di Tonda, en Toscane(www.tuscany.net), Paulyne Vaillancourt a apprécié de retrouver un foyer chaleureux après une journée de tourisme intensif à Florence, à Pise ou à Sienne. «Nous n’étions pas obligés d’aller au restaurant, dit-elle. Nous prenions nos déjeuners et nos soupers à la maison.»

Pas de femme de chambre qui pénètre quotidiennement dans votre intimité ni de valises à défaire et à refaire sans cesse. Fini les jours de pluie passés à tourner en rond dans un tout petit espace… Pour Michel Archambault, professeur à la chaire de tourisme de l’Université du Québec à Montréal, ce type de vacances est du «cocooning à l’étranger»: «Les gens veulent récréer leur propre milieu et avoir l’impression de maîtriser leur environnement.»

N’empêche, la location de logements par Internet n’est pas exempte d’imprévus. La maison de campagne, si bucolique sur photo, peut être encerclée de bungalows tous plus laids les uns que les autres. Et que dire de la propreté douteuse du néanmoins charmant studio parisien? Le Centre européen des consommateurs prévient, dans sa brochure Les locations saisonnières en France, Belgique, Grande-Bretagne et Espagne, qu’en faisant affaire avec un particulier le voyageur ne peut jamais être sûr de la qualité du lieu.

Paulyne Vaillancourt a préféré courir le risque. Elle a versé des acomptes à des propriétaires français et italiens (en général, on exige 25% de la somme totale)et a quitté le Québec, ses confirmations d’hébergement sous le bras, sans trop savoir ce qui l’attendait… Elle est bien tombée. En Toscane, elle a eu droit à un apéro à son arrivée au domaine. Et à Rome, elle a été accueillie très chaleureusement par la propriétaire. «Elle nous a remis des cartes, nous a renseignés sur le métro et les lieux à visiter. Elle est même revenue nous saluer le jour du départ.»

Denise Lemay, propriétaire de l’agence L’Antre-Amis(www.antre-amis.com), à Québec, connaît toutes les histoires d’horreur de la réservation par Internet. «C’est pour éviter les mauvaises surprises à mes clients que je n’offre que des maisons et des appartements qui ont été visités et sélectionnés par notre équipe.» En janvier 2001, par exemple, elle a rejeté un appartement pourtant magnifique au bord de la mer, au Portugal. «Il était situé dans un village vraiment moche, éloigné de tous les sites intéressants du pays. De plus, le système de chauffage était inapproprié. Nous avons gelé pendant une nuit et nous sommes partis.»

Les sites Internet ne sont pas tous aussi pointilleux. Certains agissent simplement à titre d’intermédiaires, se contentant de fournir les coordonnées des propriétaires. David Leray, directeur général de www.vacances.com, tient toutefois à préciser que 85% des annonces qu’il publie viennent des professionnels du tourisme. «Ils doivent donc respecter leurs engagements envers les locataires et ne peuvent résilier un contrat sans les dédommager.» Certains d’entre eux proposent, pour environ 30 dollars, une assurance-annulation aux clients.

Selon Gabriel Larouche, agent à Voyages Club Soleil, il suffit de quelques clics pour s’assurer de l’honnêteté des propriétaires de château. «La plupart font partie d’une chaîne, comme Châteaux & hôtels de France(www.chateauxethotels.com). On peut facilement vérifier si le propriétaire présente sa résidence de la même façon sur son site personnel que sur celui du groupe.» Il est aussi bon de savoir qu’en France les propriétaires sont tenus par la loi d’inclure une description détaillée des lieux dans le contrat de location.

Le Centre européen des consommateurs recommande néanmoins de consulter des offices de tourisme locaux ou de s’en tenir aux organismes qui classent les établissements qu’ils regroupent, comme les Gîtes de France(www.gites-de-France.fr), qui leur attribuent des épis, ou la société internationale Interhome(www.interhome.com), qui leur accorde des étoiles.

Une étude réalisée en 2001, notamment pour la Commission canadienne du tourisme, révèle que le quart des ménages canadiens utilisent Internet pour préparer leurs vacances à l’étranger. De ce groupe, toutefois, seulement 39% réservent leurs billets d’avion ou leur chambre d’hôtel en ligne, alors que les Américains le font dans une proportion de 62%.

Lise Bégin a tenté une fois de faire une réservation par Internet. Et elle a bien cru que ses vacances dans un château en France resteraient à l’état virtuel. «J’ai reçu une confirmation en anglais, qui ne correspondait pas à ce que j’avais demandé. J’ai alors envoyé un courriel pour signaler l’erreur et je n’ai pas eu de réponse. Au bout de deux semaines, j’ai téléphoné.» Le changement avait bel et bien été fait, et le Château de Beaulieu ne l’a pas déçue. Mais la prochaine fois, Lise Bégin utilisera un bon vieux moyen: le téléphone.

Pour une «protection complète», mieux vaut faire affaire avec une agence de voyages qui a pignon sur rue au Québec, croit Georges-André Levac, porte-parole de l’Office de la protection du consommateur. «Car intenter une action en justice à l’étranger coûte nettement plus cher que d’y louer un appartement.»