La Côte-Nord vit une véritable ruée vers le fer. Un électrochoc pour Sept-Îles et ses environs, électrisés par les perspectives de croissance. Voyage au royaume de la démesure.

Tout est gros à Fermont depuis que le prix de la tonne de fer est reparti à la hausse. Les camionnettes dans le stationnement du fameux mur-écran qui protège cette ville minière des vents du nord. Les pourboires des serveuses, qui peinent à répondre aux commandes des dizaines de clients. Sans parler des projets de développement, qui se conjuguent en milliards de dollars. Comme celui qu'ArcelorMittal a annoncé en mai : la multinationale, présente dans 60 pays, investira 2,1 milliards sur cinq ans pour agrandir ses installations de Mont-Wright et de Port-Cartier.
En l'espace de quelques mois, entrepreneurs, sous-traitants et fabricants de machinerie des quatre coins du Québec ont fondu sur la petite ville tranquille de 2 800 habitants, qui a vu sa population doubler. Des gens venus travailler sur les chantiers de construction de la mine et qu'il a fallu loger dans des campements provisoires ainsi que... nourrir. « On a manqué de pain et de lait à quelques reprises », raconte, un peu éberlué, Alain Fillion, dynamique cinquantenaire copropriétaire du resto-bar Zonix. « Des boums, on en a vécu, mais jamais de high comme celui-là. On crève le plafond ! »
Tout va très vite au bout de la méchante route 389, moitié gravier, moitié asphalte, seul lien routier qui relie ce nouveau Klondike à Baie-Comeau, à 564 km au sud-ouest. Au lac Bloom, à une quinzaine de kilomètres du mur-écran, cela faisait des années qu'on parlait de l'exploitation d'une mine de fer. Jusqu'à ce que l'entreprise canadienne Consolidated Thompson réalise ce rêve il y a trois ans ; son site minier était le premier à voir le jour sur la Côte-Nord depuis 1974. « Avec mes collègues, j'ai ouvert la mine à partir de rien », raconte fièrement le conducteur d'engins Raynald Desrosiers en roulant à bord de sa camionnette sur les cahots du chemin glaiseux qui mène au site d'exploitation. « L'hiver où on a construit la route, les machines gelaient parfois, à - 51 ˚C. »
Vite, vite, vite ! Le mot revient comme un leitmotiv dans la bouche du directeur de l'usine de traitement de minerai de Cliffs Natural Resources, de Cleveland, en Ohio, qui a racheté Consolidated. Les yeux rieurs, Louis Gendreau raconte comment il a réussi à faire ouvrir le petit aéroport de Wabush, à une quarantaine de kilomètres de là, un dimanche soir. Pourquoi ? Pour aller chercher la pièce de rechange d'une machine en panne qui bloquait la production. « L'usine tourne 24 heures sur 24 et chaque minute compte. D'ici 2012, il faut passer de 8 à 16 millions de tonnes extraites annuellement. Si la première usine a mis six mois à atteindre son rendement maximal, la deuxième devra mettre moitié moins de temps. »

Réfection d'un concasseur qui broie la pierre, à Mont-Wright. (Photo : J.-F. Lemire)





