Les Québécois doivent travailler plus longtemps, prône Sam Hamad, ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale. « Se rendre à 65 ans serait déjà un bon début. »

Les régimes de retraite privés doivent faire face à des pertes boursières majeures, une récession et un nombre grandissant de retraités. Êtes-vous inquiet ?
- Je suis de nature optimiste, mais je reste vigilant, car les fonds de pension à prestations déterminées au Québec ont perdu 14 milliards de dollars en 2008. Le gouvernement n'avait pas d'autre choix que d'intervenir. La charge financière liée aux régimes pouvait avoir un effet sur le cash-flow des entreprises et les pousser à la faillite. L'Assemblée nationale a donc adopté la loi 1, qui protège les entreprises en allégeant leur fardeau financier, et qui protège aussi les retraités. Si une entreprise est en difficulté, la Régie des rentes du Québec [RRQ] peut administrer ses rentes déficitaires pendant cinq ans au moyen d'une politique de placement prudente. Notre gouvernement a été le premier à offrir ces mesures au Canada.
Selon la Loi sur les arrangements avec les créanciers et la Loi sur la faillite et l'insolvabilité, qui sont du ressort du fédéral, une entreprise est libérée de la responsabilité de combler les déficits de son fonds de pension, ce que lui impose pourtant la loi provinciale. N'est-ce pas paradoxal ?
- C'est la grande question ! On a demandé au fédéral d'agir. Maintenant, la Cour reconnaît au moins qu'une entreprise en difficulté doit continuer de faire ses versements réguliers dans le fonds de pension. Les retraités voudraient que le déficit soit aussi reconnu comme une dette prioritaire. Mais cela pourrait tuer l'entreprise, car les banques qui la financent craindraient de ne pouvoir se faire rembourser si elle faisait faillite. Notre objectif est que les entreprises survivent, pour que les régimes survivent et que les retraités reçoivent de l'argent.
Les pensions privées pourraient-elles être garanties ?
- Ce sont des régimes privés et je verrais mal l'État commencer à les garantir. Il faudrait alors garantir également les REER des particuliers... C'est impossible.
Devrait-on contraindre tout le monde à cotiser à un régime de retraite privé ?
- Nous sommes pour le libre choix. Nous ne voulons pas alourdir le fardeau financier des entreprises, car elles créent des emplois et de la richesse. Si on les étouffe, on « se tire dans le pied ».
Comment expliquer qu'un travailleur sur deux soit mal préparé pour la retraite ?
- Un million de travailleurs québécois n'ont pas grand-chose pour la retraite. C'est énorme ! Ces gens gagnent moins de 50 000 dollars par an et ils risquent fort de se retrouver sous le seuil de pauvreté à la retraite. Il faut les sensibiliser davantage à l'épargne.






