Gildan, c’est un peu l’histoire du crapaud qui se transforme en prince. Ou plutôt en un roi du t-shirt socialement équitable.

Gérer 20 000 employés dans le monde et le faire comme du monde ! C'est le défi qu'a relevé Gildan, aujourd'hui admiré pour son œuvre citoyenne. Pourtant, il y a quelques années, ce fabricant de vêtements de sport était montré du doigt à cause de son code de conduite brimant les droits des employés. « L'entreprise a pris un tournant capital pour devenir chef de file en matière d'enjeux sociaux dans le secteur du textile », dit Olivier Gamache, PDG du Groupe Investissement Responsable, qui conseille les investisseurs québécois sensibles aux questions éthiques. « Ce revirement est une success story ! »
Fondé en 1984 et dirigé par l'un de ses fondateurs, Glenn Chamandy, le géant des t-shirts, polos, chaussettes et sous-vêtements possède une douzaine d'usines à l'étranger, principalement en Amérique centrale et dans les Caraïbes. En 2002, des associations de défense des droits de la personne l'accusaient d'avoir congédié des travailleurs qui voulaient se syndiquer à son usine d'El Progreso, au Honduras. Et d'avoir fermé cette usine de 1 800 employés deux ans plus tard, alors qu'elle faisait l'objet d'une enquête de la Fair Labor Association (FLA), organisme américain qui vise l'amélioration des conditions de travail dans le monde.
Gildan s'est défendu en affirmant que l'usine n'était pas concurrentielle. Mais le fabricant a eu mauvaise presse et a été boycotté par des investisseurs, notamment par le Fonds de solidarité FTQ, qui a retiré en 2003 ses actions, d'une valeur de 90 millions de dollars. « Ce désinvestissement majeur a été un choc pour Gildan, qui a commencé à changer ses pratiques », dit Olivier Gamache.
Selon Corinne Adam, vice-présidente à la responsabilité sociale de Gildan, le retrait du Fonds de la FTQ a effectivement eu des répercussions. Mais c'est une série d'éléments qui aurait décidé le fabricant à être plus proactif en matière de responsabilité sociale. « Le fait que Gildan soit une société publique depuis 1998 et qu'elle exploite des usines dans plusieurs pays nous a amenés à prendre conscience que nous devions avoir un programme très serré pour que nos valeurs soient véhiculées partout au sein de l'entreprise », dit-elle
Ainsi, en 2004, Gildan annonçait l'embauche d'un responsable de la conformité sociale. Trois ans plus tard, après un long processus d'évaluation, il devenait le premier fabricant de vêtements de sport propriétaire de ses usines à être agréé par la FLA au Canada. Horaires, salaires, droit d'association, milieu de travail, santé et sécurité... tout a été passé au crible.
Aujourd'hui, toutes les usines de Gildan ont une clinique où les employés reçoivent des soins, que leurs malaises soient liés ou non à leur travail. L'éclairage, la ventilation, le bruit et les particules en suspension dans l'air sont mesurés et contrôlés. Dans les ateliers de couture, le port de doigtiers et de protecteurs oculaires est requis, et un programme d'ergonomie prévient les troubles musculosquelettiques. De plus, une ligne téléphonique « d'intégrité » permet aux employés de porter plainte en cas de problème.






