Économie

/ Finances personnelles »

Acheter ou louer ?


2 Avril 2010

La croyance veut que l’achat d’une propriété soit un investissement et la location une dépense. Vraiment ? L’épreuve des faits.

Acheter ou louer ?
Photo : Caroline Hamel

Avoir son chez-soi, Janie Gagnon, de Longueuil, en avait envie depuis des années. L'an dernier, cette célibataire de 29 ans est passée à l'action, bien décidée à trouver la maison de ses rêves. Mais après des mois de recherche, elle a laissé tomber. « C'était bien au-dessus de mes moyens », dit cette spécialiste en marketing, résignée à l'idée de rester locataire, du moins pour le moment.

En conservant l'appartement qu'elle loue, Janie Gagnon a peut-être fait une meilleure affaire qu'elle ne le pense !

Bien sûr, l'achat d'une propriété est un inves­tissement, tandis que la location est considérée comme une dépense. Avec le temps, la propriété prend de la valeur. Sauf que l'argu­ment n'est peut-être pas aussi valable qu'il en a l'air. La somme épargnée en louant peut être investie ailleurs, en Bourse par exemple. C'est ce que les économistes appellent le « coût d'opportunité ».

Prenons une maison de 300 000 dollars, achetée avec la mise de fonds minimale, soit 5 % du prix de vente, et grâce à un emprunt hypothécaire à un taux d'intérêt de 5 % amorti sur 15 ans. En incluant les différentes taxes, assurances et frais d'entretien (8 000 dollars par an), on se retrouve avec une mensualité de 2 975 dollars. Après 15 ans, la maison, dont la valeur a augmenté annuellement de 2,5 % en moyenne, vaut 434 489 dollars.

Supposons qu'on loue une maison semblable pour 1 200 dollars par mois. Si on investit la différence, soit 1 775 dollars, dans un placement à rendement moyen de 5 % sur 15 ans, on obtient 476 415 dollars.

Ces résultats ébranlent quelque peu la croyance populaire qui veut qu'on fasse une meilleure affaire en achetant - croyance alimentée, sou­ligne Charles Tanguay, de l'Union des consommateurs, par ceux à qui elle profite : les institutions financières, les courtiers hypothécaires, les agents immobiliers...

L'avantage de la propriété réside dans le fait qu'elle force à l'épargne, dit Marie-Hélène Legault, professeure d'économie à l'UQAM et chargée du cours « Accès à la propriété », donné deux fois par an à l'ACEF de l'Est de Montréal. Tous les mois, en effet, une partie du versement hypothécaire sert à rembourser la dette, sans que l'on s'en rende véritablement compte. « Lors­qu'on est locataire, dit Marie-Hélène Legault, on doit se discipliner pour mettre de l'argent de côté. »

Il faut par ailleurs tenir compte de ce que la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) appelle « l'abordabilité ».

La SCHL a évalué le nombre d'heures qu'une personne rémunérée au salaire moyen (23,69 $) a dû travailler chaque mois en 2008 pour payer le loyer d'un appartement de deux chambres en y consacrant 30 % de son revenu brut. Ainsi que le nombre d'heures travaillées pour payer l'emprunt hypothécaire contracté afin d'acheter une maison de prix moyen (303 594 $). Il fallait travailler en moyenne 113 heures par mois pour louer et 240 heures pour acheter.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 4 (1 vote)

Commentaires (5)

Votre article est

Votre article est intéressant, mais il ne tient pas compte d'un facteur humain primordial : très peu de locataires ont les moyens de réaliser des économies à long terme pouvant s'approcher de la plus-value d'une maison. Et parmi les locataires qui auraient les moyens de faire de telles économies, j'en connais très peu qui le feraient, car alors ils placent leurs priorités ailleurs, sur les voyages ou les loisirs.

Je suis propriétaire depuis 25 ans et j'ai vendu et racheté à quelques reprises, souvent à profit. Au départ, j'avais pratiquement zéro capital (4 000 $ dans un régime d'épargne-logement) et compte tenu de mon revenu au fil des années, jamais je n'aurais pu économiser le montant de 300 000 $ qui représente la valeur nette actuelle de ma maison. Alors, pour moi, il ne fait aucun doute que la propriété d'une maison constitue, de loin, la meilleure forme d'épargne. De plus, ces économies ont beaucoup plus fructifié que l'actif mon REER, qui a dégringolé l'année dernière.

Salutations,

Un propriétaire heureux

Être propriétsire à tout

Être propriétsire à tout prix, voilà le message que véhicule l'industrie de l'habitation (incluant les institutions financières) ! Et les gens le gobe, sans réaliser qu'ils se font vendre de la marchandise au même niveau que le détergent et le dentifrice.

Il y a un développement de condos annoncé à l'ombre (littéralement !) du pont Jacques-Cartier à Montréal. Beaucoup de bruit, beaucoup de pollution, beaucoup de circulation et un taux de criminalité élevé. Pourtant, on n'a même pas encore donné le premier coup de pelle que tous les condos sont vendus.

C'est sûr qu'avec une hypothèque de 330 000 $ (le prix du plus petit de ces condos), on a intérêt (!) à rester près du pont et des autoroutes pour se rendre au boulot le plus rapidement possible !

Le sujet de votre article

Le sujet de votre article m'intéressait : à l'aube de la trentaine, j'hésite encore à passer de la location à l'achat. Malheureusement, votre exemple n'est pas éclairant pour moi. Une maison de prix moyen se vend peut-être 303 594$ à Montréal, mais ce n'est pas le cas dans le reste du Québec. Je trouve dommage que vous oubliiez les 6 millions d'autres Québécois...

Une maison est un

Une maison est un investissement seulement lorsque l'on vend pour dépenser l'argent, si on rachète une maison on va payer le gros prix également donc l'effet s'annule, si on vit dans notre maison jusqu'a notre mort et bien on perd tout, qui va en profiter? nos héritiers?

Moi je connais des gens qui ont vendu 300000$ et qui prennent un appartement à 750$ par mois et ils ont 60 ans, ça c'est un investissement!

Je suis tout a fait d'accord

Je suis tout a fait d'accord avec Luc. J'aimerais ajouter que dans mon cas j'aime mieux vivre dans mon beau 51/2 près des Plaines à Québec (loin de Ste-Foy) bien situé et où je veux. J'aime mieux voyager jeune, j'aime mieux en profiter avec ma blonde pendant que je suis jeune. Je n'ai pas envie de faire le tour du monde à 65 ans.. Pour moi un achat de condo dispendieux c'est comme dire : payer tout suite et profitez plus tard.

Voilà dans mon cas, ma perception actuelle des choses.

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage