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De l’art en banque


4 Mai 2010

Cinq cents dollars. Il n’en faut pas plus pour investir dans l’art. Mais si le marché s’est démocratisé depuis quelques années, encore doit-on apprendre à déceler les tendances et à reconnaître les artistes prometteurs.

De l’art en banque
Illustration : Alain Reno

Les lieux de culte sont désertés au Québec, mais l'église Saint-Henri, construite en 1923 dans le quartier mont­réalais du même nom, fait exception. Rachetée en 2004 par la maison Iegor, elle accueille désormais les fidèles... de l'art.

Chaque mois, des dizaines d'amateurs s'y retrouvent pour la vente aux enchères d'Iegor. La nef a été transformée en salle d'exposition, vitrine pour les œuvres proposées. Nous sommes en février 2010. « Cette fois, indique fièrement Silvia Casas, directrice du Département des arts décoratifs du 20e siècle chez Iegor, le clou de l'exposition est sans conteste des toiles de Jean-Paul Riopelle, de l'automatiste Marcelle Ferron et de l'artiste américaine Joan Mitchell, qui fut pendant 25 ans la compagne de Riopelle. »

Silvia Casas souligne que l'affluence à ces enchères est un bon indicateur de l'intérêt croissant des investisseurs pour le marché de l'art. Un marché qui se porte très bien. En 2007, sa valeur mondiale atteignait un sommet de 65 milliards de dollars américains, selon les estimations de Clare McAndrew, fondatrice d'Arts Economics, une société irlandaise de recherche dans le marché de l'art. Aujourd'hui, au Canada, la valeur de ce marché chatouillerait les 75 millions de dollars.

« Mais ces estimations ne prennent en compte que les données rendues publiques, comme celles des ventes aux enchères. Elles ne compta­bilisent pas les transactions entre collectionneurs, galeristes et évaluateurs », explique Paul Maréchal, spécialiste du marché de l'art qui donne un cours sur le sujet à l'UQAM. Ce collectionneur professionnel, passionné d'Andy Warhol et des meubles de l'époque de Charles X, est également conservateur de la collection Power Corporation du Canada. Selon lui, le marché mondial oscillerait plutôt entre 130 et 190 milliards de dollars américains, soit plus du double des estimations officielles.

Longtemps réservé aux seuls initiés, le marché de l'art s'est démocratisé depuis quelques décennies. Au cours des années 1980, de simples particuliers se sont lancés à l'assaut des ventes aux enchères. Résultat : aujourd'hui, un acheteur sur quatre serait un collectionneur amateur. « Contrairement à la croyance populaire, le marché n'est pas hermétique. Tout le monde peut acheter des œuvres », dit Paul Maréchal. Mais encore faut-il avoir apprivoisé le marché. Ce qui n'est pas si simple.

Dans cet univers, tous s'entendent pour dire que la clé de l'investissement réside dans la connaissance de l'art. Et cette con­naissance, il n'y a pas mille façons de l'acquérir. « Il faut courir les musées, dit Silvia Casas, discuter avec les propriétaires des galeries, lire des ouvrages sur l'art et consulter l'inventaire détaillé des œuvres dans ce qu'on appelle les catalogues raisonnés. »

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