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Ma maison, ton diplôme


16 Novembre 2009

Pour loger leurs enfants qui étudient loin de la maison, de plus en plus de parents achètent un appartement. Un bon investissement ? Ou l’art de cultiver la dépendance chez sa progéniture ?

Illustration : Mathilde Aubier (Colagene.com)

Une à une, les quatre filles de Philippe Boissonneault ont quitté leur Kapuskasing natal pour aller vivre à Ottawa, où elles ont poursuivi leurs études à l'université. Comment les loger toutes sans se ruiner ? Leur père a opté pour une solution simple et originale : il leur a acheté une maison. Rien de moins.

Andrée, Renée, Nicole et Lise Boissonneault ont vécu au moins quatre ans chacune dans leur maison de deux étages du quartier Gloucester, à 20 minutes en autobus de l'Uni­versité d'Ottawa. Cinq chambres à coucher, deux salles de bains, un immense salon, une salle à manger et une cuisine tout équipée. La belle vie, quoi !

« Puisque je devais payer pour loger mes quatre filles, aussi bien investir dans l'immo­bilier », explique Philippe Bois­sonneault, jeune retraité de l'enseignement. Aujour­d'hui, les quatre filles ont fini leurs études et leur père a vendu la maison. Profit : 70 000 dollars. Assez pour couvrir l'impôt foncier et les taxes scolaires pendant huit ans, ainsi que... les droits de scolarité de ses quatre filles.

Le père avait payé la maison 100 000 dollars en 1996, lorsque l'aînée a commencé son cours universitaire. Pendant certaines périodes, il a touché un revenu, car chaque chambre qui n'était pas occupée par une Boissonneault était louée 350 dollars par mois à un étudiant. Bref, moins il y avait de Boissonneault dans la maison, plus les revenus étaient importants, jusqu'à 1 400 dollars par mois.

Bien sûr, les quatre sœurs auraient pu habiter dans les résidences pour étudiants. « Mais pourquoi se compliquer la vie ? demande Andrée, l'aînée. Une fois installées, nous n'avons jamais eu besoin de déménager. » Gâtées, les filles Boissonneault ? « Oui, con­cède Renée, nous en sommes bien conscientes ! »

À Ottawa, un logement de cinq chambres se loue entre 1 500 et 2 300 dollars par mois. Quant aux chambres des résidences, elles peuvent coûter jusqu'à 4 900 dollars par personne pour une période de huit mois. Une fortune, si on multiplie par quatre : 19 600 dollars par année scolaire pour les sœurs Boissonneault.

Parmi les autres raisons qui poussent les parents à investir dans l'immobilier pour loger leur progéniture : la pénurie de logements. À Ottawa, le taux d'inoccupation sur le marché locatif est de 0,8 %. Même chose à Québec. « Avec de tels taux, les appartements vacants s'envolent rapidement, observe Charles Fortin, analyste de marché à la Société canadienne d'hypothèques et de logement. Et on peut se demander à quoi ressemblent ceux qui ne sont pas loués. »

Mais l'achat d'une maison ou d'un condo est-il à la portée de toutes les bourses ? Selon Paule Provencher, agente immobilière au groupe Sutton-Immobilia, bien des parents en ont les moyens. Elle travaille dans le secteur de l'Université McGill, à Mont­réal, où elle a vendu son premier condo pour étudiants il y a plus de 20 ans.

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