Dures, les banques, à l’égard des victimes de la crise financière ? Et si elles étaient tout simplement réalistes ?

Lorsque Marie C. a perdu son emploi en gestion hôtelière, à 38 ans, elle n'imaginait pas se retrouver avec une dette de 10 000 dollars un an plus tard. L'assurance-emploi couvrait à peine la moitié de son loyer. Elle n'avait pas d'épargne et avait besoin d'argent. Sa banque lui a refusé un prêt, malgré ses 12 000 dollars investis dans un REER de cette institution, somme qu'elle souhaitait à tout prix garder pour ses vieux jours. « Je me suis sentie trahie. J'ai dû vivre au moyen de mes cartes de crédit, à haut taux d'intérêt, le temps que je retrouve du travail. »
Marie rembourse encore aujourd'hui cette dette contractée il y a trois ans. Et elle a depuis changé d'institution financière ! Mais sa nouvelle banque lui réserverait sans doute le même traitement dans pareille situation. Car ce qui intéresse une banque, c'est le bilan financier d'un client : ce qu'il possède (ses actifs nets) et le risque qu'il représente sur le plan du crédit.
Depuis un an, près de 35 000 travailleurs ont perdu leur emploi au Québec. Privés de salaire, beaucoup peinent à joindre les deux bouts. Lise Morin, conseillère budgétaire à l'Association coopérative d'économie familiale (ACEF) de l'Est de Montréal, a de mauvaises nouvelles pour ceux qui comptent sur l'aide de leur institution financière : « Aucune banque ne veut prêter à une personne endettée qui n'a pas de revenus. »
Logique, estime Sylvain Pilon, directeur du Centre d'approbation de crédit de l'Est du Canada, de RBC Banque Royale. Accorder du crédit à quelqu'un en détresse financière « peut empirer sa situation », dit-il. Selon lui, il vaut mieux tenter de réduire les paiements de sa dette existante que d'emprunter davantage. « Sinon, on risque de mettre en péril ses actifs financiers, dont sa maison ! »
Une banque n'est pas une œuvre de charité, rappelle Lise Morin. « Elle est disposée à aider tant qu'elle fait de l'argent et qu'elle peut se faire rembourser. Dès qu'un client génère des pertes, il devient moins désirable », dit-elle.
Mario Couture, directeur et économiste principal à la vice-présidence Études économiques, chez Desjardins, confirme que les banques canadiennes tiennent serré les cordons de leur bourse, crise économique ou pas. « Le prêteur prend un risque et il le gère rigoureusement. L'emprunteur ne doit pas oublier qu'il a lui aussi des responsabilités. » Et ce, même quand ça va mal.
En cas de problème financier, il faut d'abord se manifester rapidement auprès de sa banque. Garder le silence risque d'aggraver les choses. « Le client doit respecter ses ententes de paiement », dit Isabelle Gascon, directrice principale du Service de gestion de la perception et du recouvrement de la Banque Nationale du Canada (BNC). S'il en est incapable, il devrait renégocier ses versements afin d'éviter d'entacher son dossier de crédit et d'enclencher la saisie de ses biens immobiliers ou autres garanties financières négociées lors de l'attribution du crédit (investissements, REER, etc.).






