Économie »

FTQ Construction et syndicats : plus ça change…


1 Janvier 2005

La FTQ Construction répond à ses détracteurs qui l’accusent de favoritisme et d’intimidation. Mais notre journaliste Jonathan Trudel posait déjà la question en 2005 : les délégués syndicaux prennent-ils trop de place sur les grands chantiers ? Retour en arrière.

Les délégués syndicaux prennent-ils trop de place sur les grands chantiers ?
Photo : iStockphoto

Près d'un an après l'arrêt des travaux à l'usine de Papiers Gaspésia, à Chandler, Normand Vaudry ne décolère pas. Son entreprise de revêtements métalliques, à Blainville, a perdu un million de dollars dans l'aventure et a frôlé la faillite. « Le niveau de productivité était ridicule, dit cet homme d'affaires dans la cinquantaine. Sur des chantiers normaux, les ouvriers posent une trentaine de panneaux d'acier par jour. À Chandler, c'était 10 fois moins. Et ils avaient le culot de me dire: "Oui, mais ils sont bien posés!" » Quand son contremaître a voulu congédier des travailleurs improductifs, il a reçu la visite d'une dizaine de syndiqués furieux qui l'ont expulsé du chantier.

« Il faut responsabiliser les syndicats, dit Normand Vaudry de sa voix grave. Si nos chantiers se mettent à coûter beaucoup plus cher qu'ailleurs, il n'y aura plus de contrats. Toute l'économie du Québec va en pâtir. »

Selon un rapport interne de la Société générale de financement, sur les 265 millions de dollars de dépassements de coûts à Papiers Gaspésia, 90 sont directement attribuables à un « manque de productivité » des travailleurs (les autres causes étant des ajouts et modifications aux plans ainsi que des reports d'échéance).

Les entrepreneurs qui avaient la mauvaise idée d'embaucher des travailleurs d'une autre centrale que la FTQ ont reçu la visite de délégués syndicaux qui leur ont « conseillé » d'embaucher des ouvriers de la FTQ, sous peine de voir les travaux ralentis.

Sur les grands chantiers industriels, les vrais rois et maîtres sont les délégués syndicaux, dit un entrepreneur s'exprimant sous le couvert de l'anonymat. La productivité, le choix des hommes sont dictés par les délégués. Ils abusent de leur pouvoir. »

L'actualité a parlé à plusieurs entrepreneurs qui partagent cette opinion mais refusent de l'exprimer publiquement, par crainte de représailles. « Il y a une omerta au Québec, dit l'un d'eux. Ceux qui doivent régulièrement embaucher 200, 300 gars ne peuvent pas se permettre d'avoir la FTQ-Construction à dos. »

La centrale d'Henri Massé a une position dominante dans les corps de métiers dits industriels, tels les conducteurs de machinerie lourde. Dans certains « fiefs », comme la Côte-Nord, la centrale représente 9 travailleurs sur 10, tous métiers confondus. Résultat : même si la loi ne lui confère pas ce pouvoir, la FTQ-Construction jouit en réalité d'un quasi-monopole sur le placement de la main-d'oeuvre.

Bookmark and Share

Évaluez cet article

Moyenne : 3.7 (3 votes)

Commentaires (0)

Envoyer un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
  • Les adresses de pages web et de messagerie électronique sont transformées en liens automatiquement.
  • Tags HTML autorisés : <a> <em> <strong> <cite> <code> <ul> <ol> <li> <dl> <dt> <dd>
  • Les lignes et les paragraphes vont à la ligne automatiquement.

Plus d'informations sur les options de formatage