Qu’ont en commun le pont Pierre-Laporte, le Musée Van Gogh, à Amsterdam, et la statue de la Liberté ? Ils reposent en partie sur du granit de Rivière-à-Pierre, petite municipalité qui réinvente une industrie il n’y a pas si longtemps destinée à finir en poussière.

« Bienvenue à Rivière-à-Pierre, capitale du granite. » Avec ces mots, gravés sur un des quatre blocs de granit qui forment l'imposant monument placé aux portes du village, Rivière-à-Pierre annonce ses couleurs.
Dans cette petite municipalité située à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Québec, le granit, on en vit. Et ça paraît : il y en a partout ! Des abreuvoirs à oiseaux aux horloges en passant par les tables de pique-nique et les perrons, chaque chaumière arbore la pierre locale sous une forme ou une autre, dehors comme dedans.
Mis à part l'omniprésence des 4 x 4, on se croirait dans Les Pierrafeu, ce dessin animé des années 1960 porté au grand écran en 1994.

L'engouement récent des Québécois pour le granit est tel que le succès de l'industrie est en voie de faire ressortir de l'ombre Rivière-à-Pierre. La population, qui n'était plus que de 627 personnes il y a une quinzaine d'années, dépasse maintenant 700 habitants ; la coopérative alimentaire qui a remplacé le dépanneur remporte un succès bœuf ; et un pimpant hôtel-restaurant a succédé au bar, qui datait des années 1900. « Nous sommes en pleine revitalisation », dit la mairesse de 68 ans, Ghislaine Noreau, élue en 2005.
Le granit calédonien, qui abonde dans les collines entourant le village, est mondialement connu pour sa qualité. Durable, indémodable, résistant aux intempéries et aux séismes, il est très demandé aux États-Unis, au Japon, en Chine, en Australie, en Europe. Depuis la fin du 19e siècle, architectes et entrepreneurs en construction ont recours au calédonien pour soutenir des ponts, border des routes ou garnir des bâtiments prestigieux, tels la citadelle de Québec ou le monument des Braves, à Ottawa. Les trois carrières en exploitation de Rivière-à-Pierre exportent d'ailleurs près de la moitié de leur production.
Pourtant, elles ont bien failli disparaître. Depuis 10 ans, les turbulences de l'industrie manufacturière, la force du dollar canadien et la concurrence des pays émergents leur ont mené la vie dure. Les exportations vers les États-Unis ont fléchi, et on ne donnait pas cher de la peau des tailleurs de pierre. L'une des deux sociétés possédant une usine de transformation à Rivière-à-Pierre, Granite DRC, qui concentrait ses activités sur le sciage du granit depuis ses débuts, en 1989, était menacée de faillite. Jusqu'à ce que, il y a quatre ans, elle s'intéresse aux comptoirs de granit. Depuis, cette entreprise d'une vingtaine d'employés a doublé son chiffre d'affaires.

Daniel Cauchon, de Granite DRC, a doublé son
chiffre d'affaires depuis qu'il en fait des comptoirs.
Dans le modeste bâtiment qui abrite son siège social, l'un des associés (et le fondateur), Daniel Cauchon, la cinquantaine énergique et la poigne de fer, nous reçoit au sous-sol, devant la plaque de granit qui porte son nom. « On a commencé lentement à produire des comptoirs de granit, mais on s'est vite aperçus qu'il y avait un créneau à exploiter, dit-il. On n'a pas les ressources suffisantes pour s'attaquer à de gros chantiers, comme des condos, mais même en faisant uniquement dans le résidentiel à petite échelle, c'est devenu pour nous une belle occasion de croissance. »






