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Jean Charest a conquis l'Europe



5 Octobre 2009

L’Europe et le Canada ont amorcé le 1er octobre des négociations en vue d’un traité de libre-échange qui pourrait changer la face du pays en consacrant de nouveaux pouvoirs économiques et politiques aux provinces. Voici le récit exclusif de trois années de tractations.

Photo : Roger Lemoyne

L'histoire rappelle deux célèbres fables de La Fontaine : La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf et Le corbeau et le renard.

La grenouille, c'est le premier ministre Jean Charest, qui saute carrément hors de son étang quand il annonce, en janvier 2007, qu'il convaincra l'Union européenne - un bœuf de belle taille - d'entreprendre des négociations de libre-échange avec le Canada. Et pourtant, la grenouille increvable aura raison du bœuf : les négociations en vue d'un accord transatlantique ont débuté officiellement le 1er octobre 2009 !

Et l'autre fable ? Le même Jean Charest, cette fois costumé en renard, profitera des demandes européennes pour obtenir d'Ottawa (maître Corbeau) que le Québec participe à la négociation d'un traité international. Une première dans l'histoire de la Confédération, et l'aboutissement de 50 ans de revendications québécoises !

« Cette négociation marquera un tournant dans la nature des relations fédérales-provinciales, assure l'ex-premier ministre Pierre Marc Johnson, négociateur en chef du Québec. Rappelez-vous que, pour l'ALENA, les provinces faisaient antichambre. Maintenant, nous sommes à la table. »

« Les Européens nous ont aidés et on rend service aux Européens », dit Jean Charest, qui raconte à L'actualité comment il s'y est pris pour rafler ce beau fromage. Un récit en cinq actes, qui met en scène les gens d'affaires, les provinces, le gouvernement fédéral et l'Union européenne.

1er acte

Le monde des affaires

Rares sont ceux qui croient aux chances de Jean Charest lorsqu'il annonce ses intentions, à l'occasion de son pèlerinage au Forum économique mondial de Davos de 2007. D'autant que, six mois plus tôt, le Canada et l'Union européenne ont renoncé à un rapprochement économique, après quatre ans de discussions anémiques. Comment le premier ministre du Québec s'y prendra-t-il ?

Jean Charest voit dans un éventuel rapprochement avec l'Europe de multiples avantages économiques et politiques. Les entreprises québécoises profiteraient d'un meilleur accès au marché européen, très protectionniste, certes, mais 50 % plus gros que le marché américain. Charest, motivé par le recul démographique du Québec, vise surtout la mobilité de la main-d'œuvre. Sans compter que l'opinion publique aime qu'un premier ministre donne des poignées de main sur fond de tapis rouge...

« Jean Charest a été le moteur politique, mais il a bien compris dès le départ qu'il lui faudrait un soutien fort des milieux d'affaires », dit Jason Langrish, directeur général du Forum sur le commerce Canada-Europe. Cette association, établie à Toronto et Bruxelles, regroupe des entreprises aussi variées que Bombardier, Alcan, Groupe Secor, la Banque de Mont­réal. Elle fait la promotion du libre-échange depuis 1999.

C'est Christos Sirros, délégué général du Québec à Bruxelles, qui fera le lien entre Jean Charest et les PDG.

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