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La bataille de l'uranium


24 Mai 2010

Le Québec s’apprête discrètement à entrer dans le club sélect des producteurs d’uranium, le combustible des centrales nucléaires. Mais à Sept-Îles, la population se mobilise contre les prospecteurs. À tort ou à raison ?

La bataille de l'uranium
Photo : Sept-Îles Sans Uranium (SISUR)

L'année 2013 pourrait marquer l'histoire de l'industrie minière au Québec. Si tout se passe comme prévu, une première mine d'uranium entrera en activité parmi les épinettes noires des monts Otish, à 275 km au nord de Chibougamau. La société Ressources Strateco, de Boucherville, compte exploiter le gisement jusqu'en 2020, créer 330 emplois, encaisser des profits nets d'un milliard de dollars... et générer près de deux millions de tonnes de résidus radioactifs.

Avec le projet uranifère Matoush, le Québec ferait son entrée dans le club sélect des producteurs d'uranium, aux côtés de la Saskatchewan, de l'Australie, du Kazakhstan, du Niger et de la Russie. Faut-il s'en réjouir ou s'en inquiéter ?

De l'Abitibi à la Côte-Nord en passant par la Baie-James et les Laurentides, des centaines de prospecteurs d'uranium auscultent aujourd'hui le Québec à l'aide d'un oscillomètre, petit appareil qui mesure le niveau de radioactivité. Ils ont réservé des milliers de claims (titres miniers), espérant profiter de la relance de l'énergie nucléaire dans le monde.

Ils agissaient dans l'indifférence générale jusqu'à la démission collective d'une vingtaine de médecins de Sept-Îles, l'automne dernier. Ulcérés par les activités de prospection au lac Kachiwiss, à moins d'une quinzaine de kilomètres de leur ville, les médecins ont menacé de quitter en bloc la région si une mine y était exploitée. « On ne peut pas hypothéquer les générations futures pour quelques emplois », dit le pneumologue Bruno Imbeault, l'un des médecins qui ont réitéré récemment leur menace de démission. Inquiet des effets de la prospection et de l'exploitation de l'uranium sur l'environnement et la santé des résidants, il réclame un débat de fond. « Je ne veux pas que la population soit placée devant un fait accompli, dit-il. Une mine a une durée de vie d'à peine une quinzaine d'années, mais génère des tonnes de résidus radioactifs qu'on doit gérer pendant des milliers d'années. »

À Sept-Îles, la sortie des médecins a eu une incidence considérable. Dans les rues, au café du coin, à l'épicerie, difficile de trouver des habitants en faveur de l'extrac­tion de l'uranium. Selon un sondage, 91 % des gens y sont défavorables !

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