Doit-on draguer le fleuve pour permettre aux monstres des mers d’atteindre Montréal, au risque de bouleverser la faune et la flore qui y vivent ? Écolos et marins s’affrontent.
C'est dans les bureaux de l'administration portuaire de Hongkong que le déclin du port de Montréal m'a soudain paru inévitable. Le sous-secrétaire principal du Bureau du transport de Hongkong, lui, en est convaincu. « Les ports qui ne pourront accueillir les navires post-Panamax [c'est le cas à Montréal] sont condamnés à devenir des ports de seconde zone », lance Ming-Kwon Chan sur un ton assuré.
Et un port, c'est plus qu'un lieu de chargement et de déchargement de marchandises. Les retombées économiques du port de Montréal sont estimées à un milliard de dollars dans tout le Québec. Et 12 000 emplois directs et indirects dépendent de ses activités.
À travers les fenêtres de ce bureau trop climatisé du centre-ville de Hongkong, j'observe au loin les dizaines de grues charger les porte-conteneurs qui glisseront ensuite vers la mer, lourds de 8 000, 10 000, voire 12 000 caisses de métal. Ce sont de tels géants, trop imposants pour franchir le canal de Panamá, que l'on appelle les post-Panamax. Le port de Montréal me semble soudain bien petit. Et si Ming-Kwon Chan avait raison ? Après tout, les Coréens sont prêts à construire des navires pouvant transporter plus de 22 000 conteneurs !
Patrice Pelletier, ex-PDG du Port de Montréal, n'est pas ébranlé. « Les plus gros navires ne viendront pas ici. Ne visons pas trop haut », disait-il l'été dernier, quelques mois avant qu'on lui indique la sortie. Comparer les ports asiatiques à celui de Montréal est une erreur, estime-t-il. Là-bas, la plupart d'entre eux sont situés directement sur l'océan, alors que pour atteindre Montréal les navires doivent franchir 800 km sur un fleuve sinueux parsemé d'obstacles.
Patrice Pelletier voit même dans l'impossibilité pour les post-Panamax de se rendre jusqu'à Montréal une occasion de croissance : « Les navires de moyenne capacité [jusqu'à 4 400 conteneurs] viendront davantage. »
Certains post-Panamax peuvent naviguer jusqu'à Montréal, se défend-on désormais au port. À condition de n'être pas trop chargés...? Remplis au maximum de leur capacité, les plus petits (de 4 000 à 6 000 conteneurs) ont un tirant d'eau de 13 m. Le chenal du Saint-Laurent et le port leur offrent 11 m de profondeur d'eau seulement.
Bien qu'aucun aménagement ne soit prévu pour favoriser la venue de post-Panamax (pleins), Montréal compte faire passer la quantité de conteneurs qui y débarqueront à 3,6 millions d'ici 2020. Trois fois plus qu'aujourd'hui. Deux nouveaux terminaux seront construits, l'un au sud de la rue Viau, dans l'est de Montréal, l'autre dans le secteur de Pointe-aux-Trembles ou à Contrecœur, en Montérégie.






