Le prix de ce métal radioactif ne cesse de monter. Ça tombe bien : le Canada en regorge. Les prospecteurs en cherchent jusque dans le sous-sol du Québec. Mais la fortune annoncée a un prix. Bagarre écologique en vue !

La bulle de quiétude de ce petit village des Hautes-Laurentides a été crevée en 2006 par la venue d’un hélicoptère muni d’une sonde qui a survolé les chalets et les maisons pour mesurer la radioactivité du sol. Puis, des prospecteurs ont creusé des trous près des terrains privés qui bordent les lacs au nord de Mont-Laurier. « Ils ont trouvé de l’uranium en faible quantité, mais sur une grande étendue, dit Claude Blain. Pour l’exploiter, ils devraient creuser une mine à ciel ouvert. » Les recherches se poursuivent. De temps en temps, au hasard d’un sentier, des résidants tombent sur une équipe de prospecteurs.
Un peu partout au pays, la chasse à l’uranium est ouverte. Celui qui trouvera le prochain gros gisement fera fortune. Car il y a de l’argent, beaucoup d’argent, à faire.
En six ans, le prix de la livre (0,45 kilo) est passé de celui d’un repas de resto rapide (8 dollars) à celui d’une bouteille de champagne (95 dollars). Il n’en fallait pas plus pour déclencher une ruée vers l’uranium. Un nombre record de 400 petites sociétés d’exploration minière sondent le sous-sol de la planète à la recherche de nouveaux gisements.
Au Québec, outre dans la région de Mont-Laurier, on en cherche au Témiscamingue, en Outaouais, sur la Côte-Nord, au Nunavik. Le lieu le plus prometteur se situe dans la forêt de sapins des monts Otish, à 300 km au nord de Chibougamau. Pour l’instant, on n’y trouve qu’un camp de 25 tentes, où s’activent des géologues. Ils ont localisé, à 200 m sous terre, un petit gisement à forte teneur en uranium, indique le président de la société d’exploration minière Strateco, Guy Hébert. Son équipe en est aux études de faisabilité. « Dans le meilleur des cas, nous aurons une mine en 2011. » Guy Hébert n’est pas le seul à y croire. Lors d’une émission d’actions, en janvier dernier, Strateco a recueilli 25 millions de dollars en 10 minutes !
C’est qu’on donne à l’uranium les vertus d’un timbre cutané qui, petit à petit, guérira le monde de sa dépendance au pétrole et au charbon. L’argument est simple : les centrales nucléaires produisent de l’électricité sans générer de gaz à effet de serre. Les chefs d’État et les financiers de Wall Street commencent donc à parler de renaissance du nucléaire. L’Asie est déjà engagée dans cette voie. Quatre réacteurs nucléaires sont en chantier en Chine et des contrats ont été signés pour 23 autres. L’Inde en construit 6 et songe à en ajouter encore 19 à son carnet de commandes.
Mais avant d’appliquer le timbre sur la peau, mieux vaut lire la notice au dos de la boîte, disent des groupes écologistes, comme Greenpeace. Car il y a des risques, minimes mais réels, que se produise une catastrophe semblable à celle de Tchernobyl, en 1986. Et les effets secondaires durent un sacré bout de temps. Les déchets radioactifs qui sortent des réacteurs nucléaires doivent être isolés de l’homme pendant au moins 10 000 ans !





