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Les nouveaux monstres des mers


2 Juin 2009

Sans eux, notre société de consommation n’existerait pas. De plus en plus gros, les porte-conteneurs redessinent la carte du transport maritime mondial. Notre journaliste a pris la mer pour mieux comprendre cette révolution.

Photo : Daniel Chrétien

Mes premières envies de parcourir le monde sont nées sur les rives du Saguenay. Comme bien d'autres gamins de mon âge, je rêvais de prendre le large à bord d'un grand navire. Me voilà, 30 ans plus tard, au milieu du Saint-Laurent, sur le pont du porte-conteneurs Mississauga Express, un mastodonte de 68 000 tonnes. Nous avons largué les amarres à Montréal et glissons doucement vers l'Atlantique. Le navire est attendu à Southampton, en Angleterre, dans sept jours. C'est le tiers du temps qu'a mis Jacques Cartier pour parcourir la même distance en 1534... Mon périple s'arrêtera toutefois à Trois-Rivières. Que l'équipage ait accepté qu'un journaliste monte à bord est déjà un privilège. Mais si j'avais pu, j'aurais filé jusqu'en Europe !

Si une chose incarne la mondialisation, c'est bien le porte-conteneurs. Sans lui, notre société de consommation n'existerait pas. Des babioles du Dollarama jusqu'aux meubles d'Ikea en passant par les outils de Rona, la plupart des articles importés arrivent au Québec dans un conteneur. En fait, 90 % des échanges commerciaux entre les pays se font par mer.

La poupée Barbie, par exemple, illustre parfaitement ce que permet la conteneurisation : le corps de Barbie est fait de plastique taïwanais, coulé en Chine dans des moules américains grâce à de la machinerie importée d'Europe et du Japon. Sa chevelure de nylon est japonaise et ses vêtements sont chinois. Elle vogue ensuite vers 150 pays, blottie au fond d'un conteneur, pour être vendue partout sur la planète !

« La production de biens est plus morcelée que jamais, dit Daniel Denis, associé au cabinet-conseil Secor, à Montréal. Les pièces qui entrent dans la fabrication d'un appareil électronique ou d'un avion, par exemple, font le tour du monde à bord des porte-conteneurs. »

Pas de Barbie dans le Mississauga Express, mais des tonnes de produits surgelés, des pièces d'automobiles, de l'ameublement de bureau? entassés dans 2 600 boîtes métalliques empilées sur 11 étages. En ce matin d'automne, le navire zigzague entre les îles du fleuve. Devant la timonerie, les conteneurs forment une courtepointe de métal dont les orange, les verts et les marron tranchent sur les reflets bleu marine du fleuve.

Le Mississauga Express, propriété de la multinationale Hapag-Lloyd, peut bien compter parmi les plus gros navires à remonter le fleuve jusqu'à Montréal, en réalité, c'est une coque de noix.

Parmi les grands armateurs de la planète - dont la danoise Maersk, la suisse MSC, la française CMA CGM, l'allemande Hapag-Lloyd -, une course au gigantisme est lancée depuis le début des années 1990. Des monstres transportant 13 000 conteneurs, longs comme 33 autobus mis bout à bout, parcourent aujourd'hui les mers, remplis à ras bord d'objets de consommation courante. Ce sont des navires de classe « post-Panamax » et « super-post-Panamax », trop imposants pour franchir le canal de Panamá, merveille de génie civil qui permet depuis 1914 de passer de l'Atlantique au Pacifique sans avoir à contourner le cap Horn, au sud de l'Argentine.

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