Fini l’époque des chèques en blanc ! Des PPP sociaux de la Fondation Chagnon à la mission spatiale de Guy Laliberté, la philanthropie se transforme au Québec comme ailleurs. Place aux philanthrocapitalistes.
La ligne entre philanthropie d'entreprise et commandite est d'ailleurs devenue très mince. « La philanthropie stratégique telle qu'on la pratique aujourd'hui se situe quelque part entre les deux », dit Gil Désautels, de KCI. La plupart des entreprises veulent que leur don soit reconnu et bien mis en évidence. « Pour la majorité, c'est de la philanthropie intéressée, dit Daniel Asselin, d'Épisode. Car la culture philanthropique est encore jeune au Québec. » Certains, pourtant, s'enorgueillissent d'accomplir des gestes purement altruistes, comme Gaz Métro, qui vient de remporter l'un des Prix de l'entreprise citoyenne 2009. Le nom des donateurs n'apparaît en effet nulle part sur les lieux de son 80, ruelle de l'Avenir, destiné aux jeunes d'un quartier défavorisé de Montréal (voir « Gaz Métro et sa ruelle »).
N'empêche que, pour une grande société, il est presque devenu obligatoire de « redonner à la collectivité », d'avoir une « responsabilité sociale » et d'être une « entreprise citoyenne ». A fortiori dans un contexte de crise. L'élaboration d'un projet philanthropique fait d'ailleurs partie désormais de tous les bons plans de communication. Car les entreprises ont beau vouloir se montrer généreuses, cette générosité sert aussi - d'abord ? - leurs intérêts. Non seulement en raison des avantages fiscaux (crédits d'impôt) liés à la philanthropie, mais également de l'image flatteuse qu'elle leur procure auprès de leurs employés, partenaires et clients.
S'ils ne sont pas dupes des véritables intentions des philanthropes, les organismes bénéficiaires accueillent généralement avec gratitude les dollars de la philanthropie. Mais cet argent commence tout de même à susciter de la méfiance. La récente polémique autour des dons effectués par Hydro-Québec (deuxième donateur en importance au Québec, avec 25,9 millions de dollars annuels en dons et commandites en 2008, le premier étant le Mouvement Desjardins, avec plus de 80 millions en dons, commandites et bourses d'études en 2008) à des collèges privés montréalais a d'ailleurs mis en lumière les dérives possibles en la matière... et incité certains chefs d'entreprises privées à agir avec discrétion - de peur d'être à leur tour mis sur la sellette pour conflit d'intérêts, comme Thierry Vandal, PDG d'Hydro-Québec. « Cette histoire a créé dans l'esprit du public un amalgame qui fait mal à tout le secteur de la collecte de fonds », déplore Daniel Asselin, d'Épisode.
La Fondation Lucie et André Chagnon a elle aussi essuyé son lot de critiques cette année, en raison des « PPP sociaux », ou partenariats publics-philanthropiques, qu'elle a conclus avec Québec - pour une somme de plus d'un milliard de dollars sur 10 ans. Les milieux communautaire et syndical, entre autres, redoutent que la Fondation Chagnon n'impose ainsi ses vues au gouvernement (voir l'encadré « Un demi-milliard pour les jeunes ! »). Et que, du coup, celui-ci n'abdique ses responsabilités sociales.


