Économie

/ La chronique de Pierre Fortin »

Fonctionnaires « bonriens » ?


3 Juillet 2010

Au contraire, la fonction publique du Québec est reconnue comme la meilleure de toutes les provinces canadiennes. Dans les temps difficiles qui s’annoncent, il est impératif de lui manifester du respect.

Au contraire, la fonction publique du Québec est reconnue comme la meilleure de
Illustration : Rémy Simard

En 1996, le poète Richard Desjardins a écrit une chanson d'une rare cruauté, qui raille les fonctionnaires de la « Régie des bonriens ». Il les décrit comme des pousse-crayons qui font traiter leur dépres­sion imaginaire « à Honolulu » ; des statues qui « ont besoin d'érection » et qui « s'pognent le ouin... ouin » ; des habitués des « danseuses tout nues » qui demandent un reçu en sortant ; des sangsues qui ne rêvent qu'à leur « beau plan de pension » ; des gens qui ont « tellement d'instinct qu'y leur pousse des totons ». La chanson con­clut : « Quand je roule dans la rue pis que j'vois un bonrien / J'pas capab', j'passe dessus / Ça fait un d'plus en moins. »

Le contraste est extrême entre la description terrible de Desjardins et les louanges que la fonction publique reçoit à l'extérieur du Qué­bec. Dans toutes les capitales, au Canada, on considère la fonction publique du Québec comme la meilleure. C'était unanime dans les con­fé­rences fédérales-provinciales auxquelles j'ai assisté. Les fonctionnaires des autres provinces s'arrachaient les con­seils des nôtres. Ici même, au Québec, tous les groupes de travail gouvernementaux auxquels j'ai participé ont été émerveillés par la compétence et le dévouement exceptionnels des fonctionnaires qui ont accompagné leur démarche.

Alors, où est la vérité ? Dans la chanson de Desjardins, qui laisse entendre que les fonctionnaires du Québec sont une bande de sangsues ? Ou faut-il plutôt croire ce sous-ministre des Finances de la Saskat­chewan qui ne cessait de me vanter leur compétence, il y a quelques années ?

Des « bonriens », on en trouve partout. Il y en a plein dans le commerce de détail, parmi les professionnels, dans l'immobilier, dans les institutions financières, partout. Rien ne justifie de viser les fonctionnaires plus que les autres. La plupart du temps, la stupidité qu'on observe n'est pas celle des fonctionnaires eux-mêmes, mais bien plutôt des règles qu'on les oblige à appliquer et qui sont souvent mal adaptées aux circonstances. Lorsque les lois et les règlements sont déconnectés de la réalité, les responsables ne sont pas les fonctionnaires, mais les élus de l'Assemblée nationale ou des conseils municipaux qui les prescrivent.

Pourquoi mépriser les employés de l'État est-il parti­culièrement dangereux aujour­d'hui ? Parce que le gouver­nement du Québec s'engage présentement dans un difficile programme de compressions budgétaires de six milliards de dollars d'ici 2013. Et parce qu'il devra par la suite contenir l'énorme pression financière qui frappera le budget de la santé à partir de 2012, lorsque le passage des baby-boomers à l'âge d'or prendra de l'ampleur. Or, n'importe quel dirigeant d'entreprise privée ou d'organisme public peut vous confirmer que manquer de respect envers ses employés est le plus sûr moyen de perdre ses meil­leurs éléments et de rendre tous les autres improductifs. Si un tel climat a cours dans la fonction publique ainsi que dans les réseaux de la santé et de l'éducation pendant les prochaines années, les conséquences seront désastreuses pour le Québec.

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Commentaires (10)

Dieu merci! Enfin! Comme ça

Dieu merci! Enfin! Comme ça fait du bien à lire. Je m'apprête à prendre ma retraite de la fonction publique, même si je pouvais travailler encore quelques années, car je n'en peux plus du contexte, de l'incompréhension qui nous entoure, des faibles moyens qui sont mis à notre disposition. J'ai donné d'innombrables heures à l'état, non rémunérées, car j'avais à coeur de livrer mes dossiers.

Je suis un gestionnaire d'expérience qui part désabusé par l'opinion de mes concitoyens sur l'expertise des fonctionnaires mais je pars néanmoins heureuse du travail accompli et avec le sentiment d'avoir donné le meilleur de moi-même.

J'ai travaillé dans divers

J'ai travaillé dans divers ministères du gouvernement du Québec depuis 1978 jusqu'en 2005 concrètement, et 2009 légalement. C'est la première fois que je lis un texte sur les employé(e)s de l'état écrit par quelqu'un qui a su dire les vrais affaires. Le salaire d'un fonctionnaire n'a jamais été ce qu'en disent la plupart des gens. Les conditions de travail non plus. Le parti québecois a réduit notre salaire de 20% pendant 6 mois à son entrée au pouvoir. Par la suite pendant un minimum de 10 si ce n'est 15 ans nous avons eu des augmentation en dessous du cout de la vie, quand il y a eu augmentation. En 1996 une masse d'employés ont pris leur retraite. Ceux qui restaient ont assumé les conséquences. A noter qu'on a du rappeler les retraités par manque d'effectifs qui se poursuit encore en 2011, les postes de retraite étant la plupart du temps abolis. La relève par manque de gestion de l'employeur, n'a pas été formée. On a vécu avec et fait de notre mieux (ceux qui avaient un sentiment de loyauté) La gestion à tous les niveaux est le problème, pas les fonctionnaires eux-mêmes. Ce sont les gestionnaires intermédiaires qui font problème, pas celui qui sert le client. Les bonriens de monsieur Desjardins, ce sont les gens IGNORANTS comme lui-même qui se permettent, pour se faire de la publicité donc de l'argent, de porter jugement sur ceux qui travaillent à leur service. Ce n'est pas le fonctionnaire qui donne le service qu'il faut lapider, c'est celui entre la base et le pouvoir. J'ai passé ma vie à m'entendre dénigrer comme fonctionnaire, alors que j'ai été de ceux et celles qui ont tenu le flambeau pour les autres pour avoir un climat de travail sein. En 1980 les portes des postes de police de la Sûreté du Québec étaient ouvertes. Il n'existait pas de vitre pare-balle. J'ai été la première à en faire mention et personne ne m'a prise au sérieux, même le comité Santé et sécurité au travail ont banalisé la chose. Ce genre de détails n'étant pas connu des "monsieur Desjardins et autres" il était facile de dire n'importe quoi. La santé des fonctionnaires est déplorable par manque d'encadrement de la part des gestionnaires intermédiaires. 2 employés d'un bureau en comptant 5, dont la responsable du bureau local à l'urgence le même soir et en arrêt de travail pour 3 mois pour la 1ère et 2 ans pour la seconde??? Ce n'est pas à pousser un crayon qu'on développe la maladie, une crise cardiaque, un cancer, une dépression grave... et personne à ma connaissance n'a eu les moyens monétaires, physiques ou psychiques de se payer un voyage au chaud. En conclusion c'est L'IGNORANCE qui parle du bonrien. Je félicite le journaliste du présent article, il me réconforte de lire maintenant que je suis à la retraite avec un revenu annuel au seuil de la pauvreté, de constater qu'il y a quelques personnes RENSEIGNÉES qui disent la RÉALITÉ des employé(e)s de l'état. Grand merci, 33 ans plus tard ENFIN.

Quel bel article. Bravo M.

Quel bel article. Bravo M. Fortin. Vous écrivez exactement ce qui se passe. Les lois sont complexent et parfois difficiles à appliquer (la fiscalité quebecoise n'est pas simple).

Effectivement, il ce n'est pas facile d'être fonctionnaire aujourd'hui. Plus cela avance plus cela est difficile. Faire plus avec moins, sans compter les ressources qui préfèrent travailler pour les firmes privées, car le salaire est plus élevé. Je vise les informaticiens. Au bout de compte, cet employée coute cher à l'état. Que dire de M. Desjadins. Reçoit-il des subventions par les gouvernements pour produire ses disques. Si c'est le cas, est-ce qu'il n'est pas assez bon pour en vendre assez et s'auto financer lui même?

Que ça fait du bien de lire

Que ça fait du bien de lire cet article..oui je suis une employée de l'État, j'aime mon équipe de travail et je crois que je suis appréciée par mes pairs..mais que de railleries de la part de la société, de la famille..le gros salaire ( inférieur à celui de niveau municipal et fédéral) , le gros fond de pension ( auquel j'ai grassement cotisé..), ect..le discours est toujours le même..oui il y a certaines conditons de travail avantageuses et qui devraient existées pour tout le monde, la sécurité d'emploi, l'horaire variable, etc.....moi aussi je prends bientôt ma retraite..avec pénalité..de plus en plus on se sent coïncé par une structure qui n'a pas les ressources de ses ambitions..qui veut faire plus avec moins, qui considère ses professionnels qualifiés comme des exécutants brimant ainsi leur créativité...comment la fonction publique va-t'elle attirer la relève..car le citoyen a des besoins et qui va répondre à ces besoins..une boîte vocale..

Pour de nombreux

Pour de nombreux fonctionnaires, sous-ministres et ministres des autres provinces, on ne peut qu'envier le nombre de comités, de sous-comités, de tables de concertation, de tables de consultation, de ministères, d'organismes et le nombre de fonctionnaires que nous avons au Québec.

Pour celui ou celle qui pense à son propre intérêt et à sa propre promotion, à une grande carrière dans la fonction publique ou dans un parlement, le Québec est vraiment la province à envier! Là où il y a le plus de places pour eux, là où ils sont les plus omniprésents.

Du socialisme démocratique, avec ces apparatchiks comme dans nos défuntes républiques soviétiques, sauf que nous avons encore des contribuables du privé que nous pouvons, sans cesse, comprimer pour payer nos rêves de grandeur et nos retraites généreuses pour les fonctionnaires et gestionnaires. ...jusqu'à ce qu'ils se tannent ou qu'ils déménagent vers un lieu où ils sont plus libres et moins extorqués.

Combien de rôles l'État a-t-il enlevé à des coopératives ou à des entreprises, à des gens? Combien de fois nous a-t-il, collectivement, déresponsabilisé de nos propres devoirs et retiré nos libertés au nom d'un bon autoritarisme politique?

Sur un autre point, je ne doute pas que plusieurs fonctionnaires travaillent fort. Mais, les buts pour lesquels ils travaillent si forts sont-ils nécessairement justifiés? Et, les emplois liés à ces buts/programmes sociaux IN-DIS-PEN-SABLES sont-ils réellement justifiables?

Je pense entre autre aux fonctionnaires au Développement économique ou à Investissement Québec.
Si nous sommes keynésiens et interventionnistes, d'accord, leur place est justifié car on croit que sans État, zéro emploi, 7-9% de chômage est plus année après année.

Mais si nous ne sommes pas keynésiens mais plutôt libéraux, libertariens, «autrichiens» ou même anarchistes, on réalise que l'argent pris et donné, selon des critères bureaucratiques ou les pressions du Ministre, à telle ou telle entreprise, ça ne construit nullement une économie plus forte, ça ne crée pas non plus de nouveaux emplois... mais ça aide les amis.

Un fonctionnaire du

Un fonctionnaire du gouvernement québecois, dans beaucoup de cas prend sa retraite avec pénalité 2% par année, car il n'en peut plus de l'archaïsme ou de l'incompétence de ses supérieurs qui au lieu d'encourager ceux qui veulent travailler, laisse le harcèlement au travail et paie des firmes privées des milliers de dollars pour rien puisque celle-ci ne fournissent aucun moyen de rétablir la santé en milieu de travail. C'est tout à fait logique quand le problème vient d'en haut, personne ne veut se mouiller.

Bonjour, J'ai 24 ans et je

Bonjour,

J'ai 24 ans et je travail depuis seulement 2 ans dans la fonction publique Québécoise. Avec un DEC en informatique j'aurais aimé poursuivre ma carrière dans le domaine de la Santé car, un nombre impressionnant de projets très intéressant voit le jour affin d'optimisé les processus administratif et opérationnel (informatisation des processus). Bref, un moment parfait pour un jeune comme moi qui a "encore" beaucoup d'ambition.

Par contre, quand j'évalue les salaires et avantage ainsi que les possibilités de travail au privée qui me sont offerte, je ne voie pas ... ou ne comprend pas pourquoi je resterais plus longtemps à travailler pour la fonction publique.

Résultat ;
Bientôt je travaillerais pour une firme externe qui me payera le double pour faire exactement la même chose que je fessais, pour mon gouvernement.
Mais, le plus choquant dans l'histoire ... c'est que la firme en question sera elle payé par le gouvernement, et ceci coutera le double au contribuable !!!

Si ça, c'est ce qu'on appel de la gestion efficace des ressources humaine ...
Ben moi, je ne devrais peut-être pas travailler du tout.

M. Fortin ca me rapelle votre

M. Fortin ca me rapelle votre article sur le miracle Irlandais c'était un exemple a suivre et le Québec devait s'en inspirer et bien aujourd'hui il sont sur le bord de la faillite.
Votre article sur les fonctionnaire est-elle sur les memes bases.

Article intéressant sur le

Article intéressant sur le contexte dans lequel évolue les fonctionnaires de l'État. Je ne suis pas employé de l'État moi-même mais pour en avoir rencontré souvent dans ma carrière, j'acquiesce au fait qu'ils sont dans la très grande majorité des gens compétents et dévoués. On est bien loin du discours populiste des fonctionnaires paresseux et inefficaces. Le seul point ou je suis en désaccord avec M. Fortin est la tendance tout aussi populiste à jeter le blâme sur la classe politique. Je trouve ca un peu facile. Et on parle pas non plus de l'omniprésence démesurée des grands syndicats qui mènent des guerres intestinales qui minent le sens de l'initiative et de création de milliers d'employés talentueux et intelligents. Comprenez moi bien, je ne jète pas le blâme sur les syndicats uniquement, mais je trouvais que dans l'article on en parlait pas du tout et ca mérite d'être replacé dans son contexte.

Dans les activités

Dans les activités intergouvernementales, là où les autres canadiens rencontrent nos fonctionnaires, il faut dire que ce sont plutôt des haut-fonctionnaires; pas du tout les mêmes que ceux affairés auprès du monde ordinaire i-e nous.
Je veux bien croire qu'il y a eu amélioration mais il reste un bon fond de vérité dans les propos cruels de Desjardins. Je ne parle pas des gestes violents qu'il prône mais de l'insouciance, de la lenteur et de l'inefficacité qu'il leur attribue. Dans un langage excessif, je l'admets. J'ai la "chance" d'en payer le prix actuellement.

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