Économie

/ La chronique de Pierre Fortin »

La récession venue du Sud


22 Mai 2009

Au Canada et au Québec , la récession sera moins profonde qu'aux États-Unis, et le chômage, moins élevé qu'en 1992.

C'est parti. Les États-Unis sont en récession depuis 18 mois. Les maisons, là-bas, ont perdu 30 % de leur valeur, les actions boursières ont baissé de 40 %, les faillites se sont multipliées, des centaines d'institutions financières ont déposé leur bilan, le crédit est rare, les gens se retiennent de dépenser, les entreprises réduisent leur production, le chômage augmente. La crainte de perdre son emploi est généralisée. Et justifiée.

Il n'y a pas de mystère. La source du mal, ce sont les graves lacunes du système financier américain. Ce dernier s'est mon tré incapable de gérer conve nablement l'épargne qui affluait de partout vers les États-Unis. On avait déréglementé à outrance les marchés traditionnels, comme l'immobilier. Les règles imposées aux nouvelles institutions, comme les banques d'affaires, et aux nouveaux titres financiers, comme les produits dérivés, étaient d'un laxisme à faire peur. La recherche effrénée de clients à qui prêter de l'argent avait rendu n'importe quel niveau de risque acceptable. L'emballement spéculatif a suivi, puis le château de cartes s'est soudainement écroulé.

Est-ce qu'on a vu venir le naufrage ? Bien sûr. Depuis cinq ans, des centaines d'analystes ont exprimé en public leur inquiétude de voir crever la bulle spéculative, qui prenait de l'ampleur. On a ri d'eux. Aussi longtemps que tout le monde faisait de l'argent grâce à ce système, personne ne voulait écouter ces « casseux de veillée ». Mais même les plus clairvoyants de ces prophètes ont sous-estimé la puissance de l'effet de contagion. Très peu ont prévu qu'une pandémie financière allait frapper. Que toutes les valeurs dans tous les secteurs et dans tous les pays seraient fortement dévaluées.

Deux choses sont nécessaires pour qu'on s'en sorte : remettre le secteur financier sur pied et agir vite et vigoureusement contre la récession. Il faut dégeler le crédit, recapitaliser les institutions financières, revoir les réglementations nationales et l'architecture financière mondiale. Il y a ici beaucoup d'intérêts en jeu. Il faut notamment protéger l'argent des contribuables qui est investi dans le redressement des institutions financières. Contre la récession, les banques centrales ont agi correctement en abaissant les taux d'intérêt aux plus bas niveaux possible. Les gouvernements, eux, ont accepté d'encaisser temporairement des déficits budgétaires afin de financer leurs plans de relance. Tout cela va dans la bonne direction.

Le Canada ne peut évidemment pas éviter la tempête. Depuis un an, les prix de ses ressources naturelles (pétrole, métaux, bois, etc.) ont baissé de 40 %. Ses exportations vers les États-Unis sont durement touchées. L'Ontario est frappé de plein fouet par l'effondrement des industries financières et de l'automobile. Et, bien que moins actif dans ces deux secteurs, le Québec dépend fortement des marchés ontarien et américain. Il y exporte 40 % de sa production.

Nos institutions financières subissent les retombées de la catastrophe américaine, mais étant beaucoup mieux réglementées, elles restent en bien meilleure santé que celles des États-Unis. Ainsi, même si elle est inévitable, la récession canadienne sera moins profonde que la récession américaine. De son côté, le Québec est plus loin du centre de la tempête que l'Ontario, et son plan d'investissement dans les infrastructures a une longueur d'avance sur ceux de ses voisins. Par conséquent, le chômage augmentera moins au Québec qu'ailleurs au Canada.

En avril, le taux de chômage atteignait 8,9 % aux États-Unis, 8,0 % au Canada et 8,4 % au Québec. Il est presque assuré que ces trois taux dépasseront 9 % d'ici l'automne, alors que le creux de la récession devrait être atteint. On peut se consoler en se rappelant que le taux de chômage du Québec a atteint 16 % en 1982 et 14 % en 1992. Ou encore en constatant que des taux d'intérêt de moins de 4 % sont couramment offerts pour les emprunts hypothécaires de cinq ans. Si vous jugez votre situation financière assez solide, n'hésitez pas : c'est vraiment le temps d'acheter la maison ou le condo de vos rêves.

Et encore...

Pour en savoir plus sur la crise financière et la récession, consulter Les démons du capitalisme : Pourquoi la crise et comment s'en sortir, par Alain Dubuc (Éditions Voix parallèles, Montréal, 2009).

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Commentaires (1)

M.Fortin lorsque vous

M.Fortin lorsque vous affirmez qu'il y avait des centaines d'analystes qui avaient vu venir cette recession, je trouve que vous exagerez. En tout cas! une chose est sure les analystes de la plupart des banques et meme ceux de la caisse de depot n'ont rien vu. Meme moi je n'etais pas certain. Sauf peut etre une fois en 2007 lorsque j'etais parti a Miami. J'etais sur l'autoroute et je regardais tout ces douzaines de projets en contruction en face de la plage. Et je me disait comment est t'il possible qu'il y ai autant de gens pouvant s'offrir des condiminiums a minimum 500,000$. Je me disais wow, tout le monde est millionaire ici. Et finalement j'avais raison, aujourd'hui la plupart de ces condos sont vides. Conclusion, je crois que les banques ont sur-estimes le collateral, ils se croyaient couverts par la valeur de l'actif. Ils n'ont jamais pu s'imagines que les immeubles pouvaient perdre 50% de leur valeur en quelques semaines. Je me demande aujourd'hui pourquoi ces experts de la finance n'ont pas etes capables d'interpretes le ratio de la dette et le ratio des flux monetaires.

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