Économie

/ La chronique de Pierre Fortin »

Le physique de l’emploi


5 Février 2010

La discrimination salariale basée sur la taille, le poids et la beauté physique est bien réelle. Il faut la combattre avec énergie.

La discrimination salariale basée sur le physique est bien réelle
Photo : iStockphoto

Les salaires ne reflètent pas seulement l'éducation, l'expérience et le talent. Ils subissent aussi l'influence d'attributs personnels comme la taille, le poids et la beauté physique.

Sur la taille, la recherche contemporaine nous apprend que le salaire d'un homme de 1,83 m (6 pi) dépasse en moyenne de 6 % celui d'un autre homme qui a autant de talent, d'éducation et d'expérience, mais qui ne mesure que 1,75 m (5 pi 9 po) - la moyenne canadienne. Autrement dit, si le plus petit gagne 45 000 dollars par année, le plus grand en touchera 47 700. Le cas des chefs d'entreprise est particulièrement frappant. Aux États-Unis, 30 % des dirigeants des plus grandes sociétés - presque tous des hommes - mesurent au moins 1,88 m (6 pi 2 po). Pourtant, seulement 4 % des Américains de sexe masculin atteignent ou dépassent cette taille. Être grand, ça aide.

Au sujet du poids, on nous apprend que l'obésité n'a presque pas d'influence sur le salaire des hommes, mais un effet marqué sur celui des femmes. Même si elle est en aussi bonne santé et tout aussi productive au travail, une femme pesant 100 kilos gagne 9 % de moins qu'une autre de même taille qui en pèse 70. Dans le cas, par exemple, où cette dernière touche un salaire de 45 000 dollars, la première n'en gagne que 41 000, une différence de 4 000 dollars. Les petites femmes rondes qui se sont hissées au sommet d'une entreprise ou d'une orga­nisa­tion en raison de leur talent exceptionnel doivent tirer une leçon de ces résultats sur la taille et le poids : il leur faut se méfier des grands hommes costauds de talent moyen qui convoitent leur poste.

L'influence de la beauté physique sur la rémunération, quant à elle, serait à peu près la même pour les hommes que pour les femmes. Peu importe le sexe, les personnes jugées séduisantes bénéficieraient d'un salaire de 7,5 % plus élevé que la moyenne des salariés. À l'inverse, celles qui seraient moins gâtées par la nature subiraient une perte de 5 %. Au total, c'est donc un écart salarial de 12,5 % qui séparerait les deux extrémités du spectre de la beauté physique. Par référence au salaire moyen de 45 000 dollars par année, les sujets les plus séduisants parviendraient à en gagner 48 500, tandis que les moins attirants devraient se contenter de 43 000. L'écart séparant les deux groupes serait donc de 5 500 dollars par année.

L'importance de la taille, du poids et de la beauté physique est incontestable dans certains métiers ; c'est le cas pour les joueurs de basketball, les lutteurs de sumo ainsi que les acteurs et actrices de cinéma. Il faut également convenir que la grande taille, la sveltesse et la beauté sont des qualités naturelles qui peuvent favoriser la confiance en soi, la capacité de communiquer et la facilité à plaire aux clients. Cela peut même justifier une « prime d'aptitude » dans certaines professions.

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Commentaires (1)

J’aimerais vous remercier

J’aimerais vous remercier pour votre article au sujet de la discrimination salariale. Il est choquant que ce genre de discrimination existe encore. Je pense que dans un pays comme le Canada ou les États-Unis, où on promeut l’égalité et les droits de l’homme, on essayerait de se débarrasser de la discrimination basée sur l’apparence. Bien que la taille, le poids et la beauté physique soient des facteurs influents dans un processus d’embauche, ils ne sont pas toujours les facteurs uniques. Vous avez suggéré qu’il fallait également convenir que la grande taille, la sveltesse et la beauté étaient des qualités naturelles qui pouvaient favoriser la confiance en soi.
En plus, vous avez mentionné que la raison pour laquelle les employeurs préfèrent les postulants de beauté et du bon poids est à cause de la nature humaine. Certes l’apparence est un facteur important et influent mais il existe plusieurs autres facteurs influents comme l’éducation, le bilinguisme et l’expérience. Il est nécessaire qu’on se batte contre toutes sortes de discrimination, y compris celle vous avez mentionnée. J’aimerais savoir si ce genre de la discrimination existe dans d’autres pays. On a besoin de reconnaître que certains employeurs adoptent des stratégies pour éviter la discrimination, par exemple, en utilisant une échelle de traitements dont la rémunération est basée sur la productivité.

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