Économie

/ La chronique de Pierre Fortin »

Le scandale de la richesse extrême


2 Avril 2010

Devant la concentration immodérée de la richesse aux États-Unis, faudra-t-il augmenter l’impôt des gens très riches en Amérique du Nord ?

Faudra-t-il augmenter l’impôt des gens très riches en Amérique du Nord ?
Photo : iStockphoto

En 30 ans, la concentration de la richesse s'est énormément accrue aux États-Unis. En 1977, la tranche de 1 % de la population américaine qui avait le niveau de richesse le plus élevé absorbait 9 % du revenu de la nation. En 2007, ce centile le plus riche des Américains en drainait 24 %. Presque le quart ! La crise financière a fait un peu diminuer ce pourcentage, mais il remontera dès que la reprise sera en marche.

Deux groupes surtout font la manchette : les opérateurs financiers et les dirigeants d'entreprise. En plus de leurs salaires directs, ils obtien­nent toutes sortes d'avantages indirects : des primes, des actions, des options d'achat d'actions, des retraites en or. Il ne s'agit pas d'exceptions, mais d'un phénomène de société qui touche non seulement des financiers et des dirigeants d'entreprise, mais aussi près d'un million et demi de cadres supérieurs, de professionnels, d'athlètes et d'artistes.

Mais attention : la situa­tion des riches au Québec n'a abso­lument pas suivi la tendance observée aux États-Unis. Bien sûr, les Québécois les plus riches ne sont pas pauvres ! Mais la tranche de 1 % des Québécois les plus riches est trois fois et demie moins riche que son pendant américain. Après impôts, en 2007, le Qué­bécois qui faisait partie de ce plus haut centile de revenu disposait en moyenne de 235 000 dollars ; cette année-là, aux États-Unis, le membre de cette classe pri­vilégiée empochait l'équi­valent de 840 000 dollars canadiens.

Pourquoi les riches du Québec sont-ils des nains lorsqu'on les compare aux riches des États-Unis ? Pour trois raisons. La première est qu'au Québec le gâteau à partager est moins gros de 33 %. La richesse globale ne fait pas le poids. La deuxième raison est que les riches du Québec sont deux fois moins voraces que ceux des États-Unis. Non seulement le gâteau est plus petit au Qué­bec, mais en 2007, la tranche de 1 % des Québécois les plus riches n'en absorbait que 11 %, et non pas 24 %, comme le centile correspondant des Américains les plus riches. La troisième raison est que les riches du Québec sont plus imposés que ceux des États-Unis. Au Québec, si on appartient au plus haut cen­tile de revenu, on paie 35 % de son revenu total en impôts ; aux États-Unis, ce n'est que 28 %.

Dans les autres provinces canadiennes, les riches occupent une position intermédiaire entre ceux du Québec et ceux des États-Unis. Hors Québec, en 2007, le revenu après impôts de la tranche de 1 % des Canadiens les plus riches était de 405 000 dollars en moyenne. C'est beaucoup plus que les 235 000 dollars du centile le plus riche du Québec, mais beaucoup moins que les 840 000 dollars du centile le plus riche des États-Unis.

Pourquoi les riches se détachent-ils littéralement du peloton aux États-Unis depuis 30 ans ? Les causes sont sans doute diverses. Les cadres supérieurs se « vendent » plus facilement à n'importe qui, les syndicats se sont affaiblis, la gouvernance des entre­­prises s'est dégradée - on ne sait trop. Difficile de com­prendre aussi pourquoi ce phénomène est surtout anglo-saxon. Il a frappé les États-Unis et la Grande-Bretagne, mais pas l'Europe continentale, la Scandinavie, le Japon ou le Québec.

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Commentaires (3)

Il est important de ne pas

Il est important de ne pas augmenter l'imposition des riches aux USA car la plupart de ces gens utilisent leur argent afin de creer des millions de jobs.Pour moi ce serait stupide d'en faire un debat ideologique comme au Quebec. C'est platte a dire mais les gens tres riches sont un element vraiment important du poumon economique.

Au moment où M.Krugman

Au moment où M.Krugman recommande au gouvernement amériacain un nouveau plan de relance de 800 milliard, on peut se demander s'il ne faudrait pas en consacrer une partie à une réduction d'impôt pour la classe moyenne, afin de la pousser à consommer, et ainsi d'amener les entreprises à investir leurs énormes liquidités. Et s'il ne faudrait pas récupérer davantage d'impôt des plus riches, qui ne semblent pas vraiment soutenir la consommation aux États-Unis

L'argument voulant que les

L'argument voulant que les riches créent les emplois dans une économie me parait douteux. En effet, ce sont les inventeurs et les entrepreneurs qui créent la richesse, Or la grande majorité des gens riches sont des gestionnaires d'entreprise qui utilisent des capitaux provenant des marchés financiers pour créer des emplois quand ils le font. Les taxer davantage ne modifie en rien l'accès aux capitaux des entreprises qu'ils dirigent - donc taxons-les à leur juste mesure, c'est-à-dire plus que la moyenne.

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