Économie

/ La chronique de Pierre Fortin »

Richard Desjardins avait raison


1 Mars 2005

La commission Coulombe le confirme: la forêt boréale est dans un piètre état. Il faut agir pour que le Québec ne devienne pas une nouvelle île de Pâques.

Il y a six ans, en 1999, le poète et chansonnier abitibien Richard Desjardins présentait un documentaire-choc intitulé L'erreur boréale. Ce film était rempli d'images des « coupes à blanc » pratiquées par les entreprises dans les forêts de sapins et d'épinettes du Nord québécois. Desjardins concluait que le régime forestier en vigueur dans la forêt boréale était déficient et que le Québec était menacé de déforestation.

L'erreur boréale a eu l'effet d'une bombe dans l'opinion publique. Pour en avoir le coeur net, le gouvernement a constitué, en 2003, une commission d'étude scientifique et technique indépendante, placée sous la présidence de Guy Coulombe, administrateur d'expérience. Après le poète, on entendrait les experts forestiers et les chercheurs universitaires. La Commission d'étude sur la gestion de la forêt publique québécoise a déposé son rapport en décembre dernier. Surprise pour bien des gens: elle confirme sans détour le diagnostic de Richard Desjardins.

La commission formule quatre observations, aussi simples que fondamentales. Premièrement, depuis 15 ans, le rythme annuel des coupes s'est accéléré de 40% dans la forêt boréale. Conséquence: la nature n'est plus capable de suivre et n'arrive plus à régénérer la forêt. Les inventaires forestiers indiquent que le volume total de bois résineux (sapin, épinette, pin gris et mélèze) potentiellement récoltable sur le territoire québécois a diminué de 8% en 10 ans. La conclusion du rapport Coulombe tombe comme un couperet: «Il y a, globalement, surexploitation ligneuse des forêts du Québec.»

Deuxièmement, la qualité moyenne des arbres coupés s'est considérablement dégradée depuis 25 ans. Pour les essences résineuses, le volume de bois par tronc récolté a diminué de 35%. Dans le cas des feuillus (bouleau jaune, hêtre, chêne, noyer, etc.), on a assisté à un tel écrémage des arbres de qualité que les scieries québécoises affirment devoir maintenant importer des États-Unis presque 40% de leurs billes de sciage. Imaginez: le Québec importateur de bois!

Troisièmement, dans plusieurs régions, les peuplements récoltables sont de plus en plus éparpillés et éloignés. Les plus denses et les plus rapprochés ont été coupés en priorité. L'exploitation est constamment repoussée vers le nord. L'accès au bon bois est de plus en plus coûteux, en raison de l'éloignement et de l'insuffisance de la voirie forestière. La position concurrentielle de l'industrie québécoise du bois est en péril.

Quatrièmement, malgré les 2,5 milliards de dollars investis depuis 1980, les travaux sylvicoles de remise en production restent d'une efficacité douteuse. Leur effet véritable sur le rendement de la forêt publique n'atteint pas la moitié de ce qu'on avait espéré.

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Commentaires (2)

Votre article décrit

Votre article décrit exactement la situation. Je vous remercie de votre bon travail.

Bonjour,je viens de lire

Bonjour,
je viens de lire votre article, qui est une remarquable synthèse de la situation vécue par les québécois face
aux dangers de déforestation de la fôret boréale.
Amie de longue date de Richard Desjardins, mais vivant en France, j'ai suivi son action à la sortie du documentaire, mais la distance faisant, je ne me suis pas tenue au courant des actions réalisées entre 2005-2010. Vous est-il possible, de m'adresser des liens textes pour me documenter.
Je vous remercie pour cet article,
très bonne journée à vous.
N. CONSTANTI

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