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Sommes-nous vulnérables à une hausse des taux d'intérêt ?


22 Février 2012

Il est peu probable que la situation financière des ménages québécois se détériore sérieusement dans les années à venir, dit Pierre Fortin.

Sommes-nous vulnérables à une hausse des taux d'intérêt ?
Photo : iStock

Divers analystes ont récemment exprimé des craintes au sujet du présumé surendettement des foyers québécois.

En 1990, ceux-ci supportaient une dette de 700 dollars (emprunt hypothécaire et crédit à la consommation) par tranche de 1 000 dollars de revenu. Vingt ans plus tard, en 2010, leur endettement atteignait 1 200 dollars par tranche de 1 000 dollars de revenu. La dette a augmenté de 70 % plus que le revenu.

Sommes-nous trop endettés ? Sommes-nous vulnérables à une hausse des taux d'intérêt, qui alourdirait les paiements mensuels à faire pour amortir nos dettes ?

Globalement, la situation financière des ménages ne s'est pas détériorée au cours des dernières décennies et n'est pas inquiétante pour l'avenir. Au Québec, un million de foyers n'ont aucune dette. Les deux autres millions et demi en ont, mais ils détiennent aussi des actifs, comme une maison, une voiture, des obligations, des fonds communs de placement et des actions boursières.

Ma consœur Hélène Bégin, économiste chez Desjardins, a récemment démontré qu'en 2010 les ménages endettés du Québec détenaient en moyenne 380 dollars d'actifs pour couvrir chaque tranche de 100 dollars de dette. Elle a aussi constaté que les actifs sont plus abondants pour couvrir la dette aujourd'hui qu'il y a 10 ans, et ce, malgré la crise financière de 2008-2009, qui les a dévalués. La dette s'est bien accrue, mais les actifs encore plus.

Les ménages endettés ne sont évidemment pas tous dans la zone de confort. Mais en 2010, seulement 4 % d'entre eux se trouvaient dans une situation que les experts en faillites jugeaient risquée, à savoir que la valeur de leurs actifs couvrait moins que la moitié de leur dette. Ce pourcentage de ménages financièrement vulnérables était deux fois plus faible que 10 ans auparavant, lorsqu'il atteignait 8 %. N'oublions pas que les institutions financières veillent au grain : moins les prêts risqués sont nombreux, moins elles perdent d'argent.

Autre observation réconfortante : depuis deux décennies, les intérêts que les foyers québécois ont à payer sur leur dette pèsent de moins en moins lourd sur leur revenu. En 1990, ils consacraient 10,5 % de leur revenu au paiement des intérêts ; en 2010, 6,5 %.

 

graphique-taux-interet-hypotheque

 

Le graphique ci-dessus en donne l'explication : les taux d'intérêt ont énormément baissé depuis 25 ans. Cela a permis aux ménages d'ajouter sensiblement à leur dette, sans que cela empêche le poids des intérêts qu'ils ont à payer de diminuer continuellement en pourcentage de leur revenu.

Naturellement, il se peut qu'une remontée de deux ou trois points des taux d'intérêt se produise autour de leur tendance à long terme si une vraie reprise économique finit par s'amorcer en Occident d'ici deux ou trois ans. Le graphique est là pour rappeler qu'une telle remontée s'est produite en 1987-1990, en 1993-1995, en 1997-2000 et en 2004-2007.

Mais, premièrement, il est presque impossible qu'un changement de cet ordre de grandeur, qui aurait lieu progressivement de toute façon, déstabilise sérieusement les finances des ménages québécois. Et, deuxièmement, la tendance à long terme des taux d'intérêt, qui est à la baisse depuis 25 ans, n'est pas près de s'inverser. Grâce à l'épargne des pays émergents, les marchés mondiaux seront encore longtemps inondés d'argent à prêter et le coût du crédit sera maintenu à un niveau plutôt faible sur la planète.

Pour ces deux raisons, la probabilité ne paraît pas très grande que la situation financière des ménages québécois connaisse une sérieuse détérioration dans les années à venir.

 

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Commentaires (3)

M. Fortin dire que je ne suis

M. Fortin dire que je ne suis pas impressionné par votre intervention serait un euphémisme... Franchement on croirait entendre un agent de REMAX!

Les 380 dollars d'actifs détenus par les Québécois sont essentiellement de l'immobilier résidentiel dont les valeurs sont gonflées depuis dix ans par l'afflux croissant et insoutenable d'argent emprunté. Ces valeurs sont complètement artificielles car basées sur de l'argent qui n'existe pas et par un afflux d'acheteurs (aux prix actuels) qui est tout aussi insoutenable puisque les revenus ne suivent pas et que le taux de propriétaire est pratiquement saturé.

De plus il est absurde de parler des risques encourus par les institutions financières, en réalité elles n'en courent pratiquement aucun, les risques sont assumés par le contribuable via la SCHL. Dans ce contextes les institutions ont intérêt à prêter le plus d'argent possible au plus grand nombre possible et elle peuvent le faire à des taux ridiculement bas (le AAA du gouvernement est derrière), et c'est précisément ce qu'elles font (incluant Desjardins...), à tour de bras. Et on ne parle pas de peanuts ici, de fait la SCHL qui atteindra bientôt son plafond actuel des 650 Milliard (!!!!) devra demander au gouvernement fédéral de hausser celui-ci. La dette hypothécaire des Canadiens a dépassé 1000 milliards et la dette des ménages 153% des revenus. Selon une étude récente d'une grande banque Allemande c'est au Canada que parmi le monde développé les maisons sont les plus surévaluées (après la Belgique). L'immobilier résidentiel et activités reliées occupe maintenant presque un tiers du PIB ce qui est un sommet historique et une absurdité qui masque la décadence des autres secteurs et nos problèmes de productivité.

Le résultat de toutes ces magouilles est que les Canadiens sont parmi les plus endettés au monde et que depuis des année un grosse partie de la croissance économique n'est redevable qu'à la croissance de l'endettement public et privé.

(Si vous alliez prétendre que les problèmes sont hors Québec (ce qui est faux), de toute façon cela n'améliorerait pas non plus notre situation car une crise grave d'endettement concentrée dans le ROC affecterait les transferts dont nous dépendons pour financer notre état providence...)

Bref ce qui nous pend au bout du nez c'est une douloureuse période de désendettement (alors que bien d'autres défis se présentent à nous...) et je n'en reviens pas qu'un économiste comme Pierre Fortin puisse faire abstraction de tout ces faits et encore moins qu'il prenne ses argument chez des vendeurs d'hypothèques...

PBrasseur a tout à fait

PBrasseur a tout à fait raison. On dirait un article rédigé pour le compte de Remax.

L'argument selon lequel en 1990, on payait X en intérêt alors qu'on en paie moins aujourd'hui, donc il n'y aurait pas lieu de s’inquiéter, est non seulement erroné mais franchement dangereux. Les "actifs" comme l'immobilier sont difficiles à liquider rapidement et, en temps de crise, deviennent des trous sans fond. Allez demander aux propriétaires américains si concentrer toute sa richesse dans un seul actif était une bonne idée. Et ne parlons même pas de notre Freddie Mac national, la SCHL...Nous allons payer très chèrement la folie des hypothèques de 35-40 ans et des taux d’intérêt anormalement bas.

D'ailleurs, les keynesiens aux États-Unis avancent le même argument bidon: il ne faut pas s’inquiéter de la dette américaine puisque l'on paie moins d'intérêt qu'en 1990. Quelle farce. Le réveil sera brutal, croyez-moi.

Vraiment, les économistes peuvent dire absolument n'importe quoi...

J'aimerais qu'on me démontre

J'aimerais qu'on me démontre la source du calcul suivant:

''en 2010 les ménages endettés du Québec détenaient en moyenne 380 dollars d'actifs pour couvrir chaque tranche de 100 dollars de dette''

Donc la majorité des québécois qui détiennent une hypothèque de disons 200,000$ ont pour 760,000$ d'actifs? Je n'y crois pas..

et un petit lien pour terminer..
http://argent.canoe.ca/lca/affaires/quebec/archives/2012/02/20120224-072...

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