Dans les années 1980, lors des dîners de famille, les beaux-frères discutaient du rendement des actions de Cascades ou de Canam Manac qu’ils s’étaient procurées dans le cadre du régime d’épargne-actions, le populaire REA. C’était à qui avait empoché les plus gros gains... sur le papier.

Puis, il y a eu le krach de 1987, et tout le monde est reparti avec un grand trou dans son portefeuille. Le régime, qui avait aidé de nombreuses PME à réaliser un premier appel public de capitaux, a presque disparu. Mais surtout, les entreprises québécoises qui s'inscrivent à la Bourse se comptent depuis sur les doigts de la main !
En 2010, il n'y a eu que trois inscriptions québécoises au tableau des 74 nouvelles venues à la Bourse de Toronto. Et sur les trois, deux étaient des « diplômées » du TSX Croissance, la Bourse des sociétés aux premiers stades de développement - où, sur les 206 nouvelles inscrites, seulement 11 venaient du Québec. Une proportion microscopique, quand on considère que 22 % de tous les employeurs du Canada ont leur siège au Québec.
Il y a un problème. Un gros problème, qui préoccupe des membres de la communauté financière québécoise.
« On a besoin d'entreprises performantes. Et pour le devenir, il n'y a rien de mieux que de faire une émission publique d'actions », dit Guy LeBlanc, associé chez Pricewaterhouse Cooper (PwC), qui vient de publier un rapport sur le sujet avec Michel Brunet et Pierre Lortie, du cabinet d'avocats Fraser Milner Casgrain (FMC).
Selon les auteurs, les Bourses constituent le meilleur filtre, qui permet aux investisseurs de repérer les entreprises à forte croissance. Car, font-ils valoir, celles qui ont du succès ont généralement fait appel à l'épargne publique, par des émissions d'actions.
Alors que le Québec doit faire face au vieillissement rapide de sa population, il est urgent que son économie soit beaucoup plus productive qu'elle ne l'est en ce moment.
La croissance passe notamment par l'innovation et les exportations. Actuellement, seulement 4,2 % des entreprises québécoises exportent sur les marchés étrangers, où, pour percer, il faut innover. Offrir des produits qui se démarquent. Faire de la recherche et développement. Et cela exige beaucoup de capitaux.
Pourquoi alors n'y a-t-il pas plus d'entreprises qui s'inscrivent en Bourse pour obtenir, justement, des capitaux ?





